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Sécurité Sociale. « Notre vision va devenir "sacrificielle" »

samedi 16 août 2008, par rennes info

“il vaut mieux correctement prendre en charge un père de famille de 40 ans, qui est rentable pour la société, qu’une personne de 80 ans qui n’a plus toute sa tête.”

Entretien avec Pierre Le Coz

Agrégé de philosophie, docteur en sciences de la vie et de la santé et vice-président du Comité Consultatif National d’Éthique.

http://www.ccne-ethique.fr/

Pour ce fin connaisseur ! de l’histoire de notre système de protection sociale, une parenthèse est en train de se fermer.

« Pendant longtemps, la France a considéré que la santé d’un individu n’avait pas de prix et que le médecin ne devait pas agir en comptable. Notre société était individualiste, c’est-à-dire qu’elle était au service de l’individu : ce dernier ne devait pas être sacrifié à l’intérêt collectif. On pouvait se payer le luxe d’opérer tout le monde, y compris quand ce n’était pas indispensable. Cette philosophie a prédominé jusque dans les années 80. Puis on a commencé à s’interroger sur les sommes englouties au nom de la santé de chacun. La position utilitariste, déjà en vigueur dans les pays anglo-saxons, a commencé à émerger chez nous, suscitant beaucoup de réticences de la part des médecins. Mais ils ont dû admettre que notre système allait "dans le mur", et qu’il fallait donner la priorité à l’intérêt de la collectivité.

L’individualisme a vécu. Nous assistons à la fin d’une période glorieuse de notre histoire. Avec le vieillissement de la population-que l’on n’a pas correctement anticipé-et la multiplication des pathologies associées à l’allongement de la vie, on s’inquiète des dépenses à venir. Nos ressources n’étant pas illimitées, il faut essayer de les répartir de façon plus rationnelle. Aujourd’hui, on est bien obligé d’admettre que, si la santé n’a pas de prix, elle a un coût. Et les médecins doivent désormais tenir compte du prix des médicaments dans leurs décisions.

Notre vision va devenir "sacrificielle" : il vaut mieux correctement prendre en charge un père de famille de 40 ans, qui est rentable pour la société, qu’une personne de 80 ans qui n’a plus toute sa tête. C’est évidemment un constat tragique. Mais nous n’avons pas le choix. Reste à trouver le meilleur équilibre entre les intérêts de l’individu et l’intérêt collectif. »

Propos recueillis par Anne Jeanblanc

http://www.lepoint.fr/actualites-societe/tres-chers-medicaments/920/0/257721

Pierre Le Coz contre Le Point : "une déformation grotesque et choquante de mes propos"

Pierre Le Coz, vice-président du Comité national d’éthique, conteste énergiquement la façon dont ses propos ont été retranscrits par Le Point.

http://www.plumedepresse.com/spip.php?article827

La sécu nous appartient

Appel contre la franchise Sarkozy

http://www.appelcontrelafranchise.org/

Collectif national contre les franchises et pour l’accès aux soins pour tous

http://www.contre-les-franchises.org/

2 Messages de forum

  • Comment çà nous n’avons pas le choix ?!! Nous n’avions sans doute pas le choix non plus lorsqu’il s’agissait de faire baisser les impôts pour les classes les plus aisées. Attention, une société dite pacifiée qui rétablit des privilèges en serrant la ceinture des plus pauvres va tout droit à l’explosion sociale ! Notre société ne va pas devenir sacrificielle, elle l’est déjà depuis fort longtemps, il suffit de voir comment sont traitées les vieux dans leurs mouroirs infâmes avec une infirmière pour 40 agonisants, comment appeler cela ?

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  • Le Point faussaire 24 août 16:47

    Il s’agit d’un grossière manipulation du Point, qui a déformé de manière choquante les propos de Pierre Le Coz, vice président du Comité national d’éthique, comme ce dernier l’explique dans une lettre à Plume de presse, dont voici quelques extraits :

    "Je ne puis que comprendre votre légitime indignation à la lecture des propos qui m’ont été prêtés dans le magazine Le point du 3 juillet dernier. Je dois vous dire que j’ai été moi-même très triste de voir à quel point cette revue pourtant notoire avait orienté mes propos dans un sens "prescriptif" alors que j’avais parlé dans un style descriptif. Dire "voilà vers quoi nous allons aller si nous ne relevons pas loyalement le défi", cela ne revenait pas du tout à dire "il faut sacrifier tous les vieux qui perdent la tête !" Tous ceux qui me connaissent depuis suffisamment longtemps pourront vous confirmer qu’il n’est pas pensable que j’ai pu tenir de tels propos à la journaliste qui a monté ce dossier. Je puis vous assurer que jamais je n’aurais pu être élu à la vice-présidence du Comité si j’étais un défenseur de ce genre d’idéologie. Les membres du Comité m’ont élu parce qu’ils savent mes positions et connaissent mes publications. [...] Le problème avec ce genre de magazine est que l’interviewé ne se voit pas proposé de relire l’entretien (du moins lorsqu’il ne s’agit pas d’une "star"’, ce qui est mon cas, nonobstant les responsabilités que j’exerce au sein du CCNE). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’y a aujourd’hui quasiment plus aucun membre du CCNE qui accepte de répondre aux journalistes, ce qui pourrait nous poser des problèmes de visibilité sociale. Cette déformation grotesque et choquante de mes propos risque encore d’aggraver notre méfiance et conduire le Comité national d’éthique à une sorte de mutisme. Je ne doute pas que vous exerciez votre métier avec professionnalisme ; mais ne pensez-vous pas que le journalisme en France traverse une crise grave ? Beaucoup de questions me sont venues à l’esprit depuis que j’ai lu cette interview : que se passe-t-il au juste aux sein des rédactions des grands magazines français ? Assistons-nous à un retour à un ultra-libéralisme néo-darwinien ? Devons-nous craindre le retour à une « droite pure et dure » ? Est-ce que l’article de cette journaliste n’a pas été déformé par ses supérieurs hiérarchiques qui auraient jugé mes propos trop nuancés, insuffisamment "percutants" ? N’ai-je pas été assez « sensationnaliste » au goût de certains ? Je n’ai pas de réponse à ces questions. J’ai été stupéfait de lire que j’avais été présenté au tout début de l’entretien comme "un fin connaisseur des systèmes de protection sociale" (sic), ce que je ne suis en aucun cas ! Je n’ai jamais écrit une seule ligne sur ce sujet et je suis formel : je n’y connais strictement rien en systèmes de protection sociale ! Quand j’ai lu cette contre-vérité manifeste dès les premières lignes de présentation de mon CV, j’ai compris que le piège s’était refermé sur moi et que j’allais participer d’une propagande dans laquelle je ne me reconnais absolument pas.Chacun en aura la preuve en lisant mon livre sur L’empire des coachs : une nouvelle forme de contrôle social (chez Albin Michel), qui est une dénonciation sans concession de l’idéologie de la rentabilité (idéologie que l’on me prête dans cet entretien, ce qui est le comble). [...] J’ai découvert à mes dépents que Le Point avait décidé de changer de politique éditoriale et de renouveler son lectorat… J’en prends acte et saurai en tirer les leçons qui s’imposent. [...]"

    Voir en ligne : Pierre Le Coz contre Le Point : "une déformation grotesque et choquante de mes propos"

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