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SALUT A TOI SCHULTZ !

lundi 6 octobre 2014

Parabellum (Officiel) Musicien/groupe

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Dernière tournée pour le docteur Schultz !

Docteur Schultz est mort ! Vendredi soir, la nouvelle de sa mort a rebondi de bar en bar à Montreuil (93). Aucune minute de silence, plutôt un embouteillage de demis. Mutisme, fausse désinvolture, course à celui qui l’aura le plus connu, délire éthylique, confusion, abattement, tristesse, colère, tendresse....Un cocktkail d’émotions mêlées au bord des comptoirs.

Les mots de Parabellum flottant dans la fumée de clopes et de souvenirs. Chacun son air dans la tête. Notamment la version revisitée du « Port d’Amsterdam ».

Une des chansons emblématiques de la « Génération plombée » ( plus sombre que la « Génération perdue “ ?) nourri au punk. Le plomb du sida polluant le sang d’une génération. Celle de la came, des squats, du démantèlement de l’industrie sidérurgique en Lorraine, du départ des cyniques de droite et l’arrivée( après le gouvernement Mauroy auquel on doit l’abolition de la peine de mort, la cinquième semaine de congés, la nationalisation des banques...) des tartuffes de gauche, de Bernard Tapie, du sang contaminé....

Mais aussi de très beaux moments irremplaçables. Tous ces instants de grâce éphémère, non monnayables, quand les guitares dégainées évitaient parfois la bagarre. La volonté de secouer le vieux monde... des parents soixantehuitard. Sans jamais laisser l’humour - plutôt noir- et l’autodérision au vestiaire. Et les éclats de rire.

Pas tous des saints les keupons, ni des lumières, mais une sacrée énergie jusqu’au lever du jour, avant d’aller cuver leurs mousses. Avec nombre de débordements. Sans oublier pour certains d’entre eux une forme d’engagement, un regard aiguisé sur le quotidien. Pour ne pas dire enragement.

Trente ans plus tard, que sont devenus ces enragés de la mouvance punk ? Beaucoup rangés de la Kro et des seringues. Heureux ou pas. Recyclés -par la société comme auparavant les jeteurs de pavés de 68. Et remplacés par d’autre jeunes. Banal chassé croisé des générations qui se succèdent.

A part que celle des citoyens nés au seuil des années 60 laisse dans son sillage des fantômes perclus de souffrance à l’hôpital ou ailleurs. Témoins solitaires porteurs dans leur chair d’une époque ‘ No Future ’ et surtout malheureusement du sida. Le fameux Dasse. Tout a été dit sur les ravages de ce virus. Rien d’autre à ajouter. A part peut-être un élément visible : l’accélération du temps. Des vieillards de 50 piges

La vieillesse en accéléré. Le visage de Schultz et d’autres, certes guère adeptes du glaçon, témoignent du vieillissement prématuré - pas tous porteurs du sida-d’une partie des quinquas. Les produits avalés au quotidien ou injectés y sont évidemment la principale cause de ce vieillissement. Sans doute aussi d’autres causes plus profondes et personnelles.

Peut-être aussi le contexte socio économique ? Les premiers reniements de la gauche ? Les espoirs vite déçus d’une jeunesse heureuse de se débarrasser de Giscard ? Sous les pavés de 81, guère de progrès pour ceux qui trinquaient sous le précédent septennat. Juste un changement de dominants.Et toujours le chômage.

N’en déplaise au Ministre traqueur de ‘faux chômeurs’, Parabellum est né quasiment sur les marches d’une antenne de l’Anpe. Schultz et ses potes précurseurs de la phobie administrative ? En tout cas, même s’ils ont dû claquer de temps en temps leurs indemnités chômage dans la bière et le reste, ils ont plus apporté à la collectivité que Thevenoud, Cahuzac, Morano, Copé... Pas des escrocs de la République.

Contrairement à certains de leurs aînés soixantehuitard liftés jusqu’à l’âme, ils n’ont pas bénéficié des trente Glorieuses. Ces trois décennies débordante de boulot ; salariat que nombre de jeunes refusaient pour se plonger dans d’autres expériences. Echapper à la chape Ponpidolienne. Vivre sans entraves, ni patron.

En 2014, la majorité des jeunes veulent absolument du boulot... Et il n’y en a plus. Ce ne sont pas des fainéants m’sieur le Ministre, moins assistés que nombre de financiers et autre traders qui se se prennent la meilleure part du gâteau collectif. Ou des députés oubliant de payer leurs impôts. Et chez ces chômeurs, quelques musiciens que vos enfants et petits enfants écoutent peut-être en boucle. Des Parabellum à Pôle emploi ?

Des musiciens de cette génération, connus ou pas, continuent d’user leurs cordes de guitare. Présents au monde. Debout et créatifs, même par mauvais temps économique.

Parmi eux, des fils et filles d’ouvriers qui ne voulaient pas ‘ trimer ’comme leurs vieux. Echapper au quarté ‘ Usine, picole,retraite, cimetière ’. Vivre autre chose que leurs parents anéantis par le boulot. Pour fuir, ils misèrent sur les canassons ‘ Came, sida, zonzon,chômage ’. Course perdue d’avance.

Une partie d’entre eux regrettent leur choix. D’autres, malgré leur sale état de santé physique et leur misère, sont très heureux d’avoir refusé la voie étriquée proposée par leurs parents et le Centre d’Information et d’Orientation. Avoir emprunté des chemins de traverse, vécu différemment de leurs ‘ darons . Plus ou moins choisi leur impasse, pas le tunnel social imposé par la société.

Bien sûr, il ne s’agit pas de mythifier l’histoire du mouvement punk. Combien sont devenus ultra réacs et même identitaires ? Aussi vieux cons que ceux qu’ils détestaient. La musique, jouée ou écoutée, n’empêche pas l’abrutissement.

Simplement rappeler que Schultz, avec ses qualités et défauts, a réussi à rester lui-même. Fidèle à ses rêves. Irréductible. De temps en temps,l’usure devait être plus forte que la passion. Et la biture du soir, gueule de bois du matin, pas très joyeuse. Désabusé. Mais la volonté de création plus forte que le reste. Patron, une tournée pour l’Artiste !

Beaucoup se souviendront du regard voilé de ce grand barbu, mi-bûcheron, mi père Noel écumant les rades et salles de concerts. Grande gueule tendre connu comme l’ours blanc de Montreuil. Les yeux rougis par l’alcool, son mal du monde, ses secrets, contradictions, lâchetés, doutes, espoirs... Et son sourire en coin.

Le sourire des êtres chargés d’une irréductible naïeveté les empêchant de changer leur fusil d’épaule. Des naïfs sans qui le principe de réalité l’emporterait sur tout. Merci à ces combattants ! Pas des adeptes de l’Artseptisé.

Natif de Thionville, il amarra sa guitare dans l’Est Parisien. Sa grande carcasse hantera à perpétuité les bars de Montreuil et d’ailleurs. Couscous, Bavette, Picon bière, lecture collective du Parisien, silence de comptoir avant l’apéro, bastons, réconciliations, poésie…Son coude manquera à l’appel de l’apéro, remplacé par un autre. Le comptoir à horreur du vide. La vie aussi.

Aujourd’hui, il y a une nouvelle génération de musicos. Jeunes musiciens témoin de notre temps. Le docteur Schultz du Bar des Sports’ n’aura pas opéré en vain. La relève musicale est là.

Trêve de blabla :

‘ Patron, tu nous remets une tournée ! Sur l’ardoise de la mémoire de Schultz. ’.

Et place à la musique.

Mouloud Akkouche Rue89. 17/09/2014

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