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Réponse à Dominique BOULLIER sur l’écologie politique et l’altermondialisme par Christian Delarue altermondialiste rennais

mardi 28 février 2006, par rennes info

Dominique BOULLIER, qui recemment défendait le OUI dans une réunion-débat d’ATTAC Rennes, a publié dans Libération du 10 juin 2005 un texte intitulé "Restaurer le collectif à gauche". Nous voudrions répondre brièvement - les problématiques évoquées mériteraient mieux mais le temps nopus manque - à cet article, du moins à son principal propos : " deux forces qui avaient renouvelé la pensèe et le projet de la gauche, se sont fait dépasser et abuser par la forme du débat et par certains partis de la gauche la plus conservatrice". Il s’agit de l’écologie politique et de l’altermondialisme.

Certes l’écologie politique a peu fait l’objet de débat . Les écologistes du NON ont été peu présent dans cette campagne pour défendre ce point de vue (au moins à Rennes) . Néanmoins Francine BAVAY a pu développer avec brio ce thème lors du meeting unitaire rennais . La LCR quant à elle a produit quelques critiques sur le productivisme en lien avec feu le projet de TCE . Mais il est vrai que dans l’ensemble cette dimension est restée marginale. Des efforts sont à poursuivre avec sans doute des clarifications sur les contenus de cette écologie.

A propos de l’altermondialisme, Dominique BOULLIER nous dit qu’il s’est "trouvé phagocité par l’antimondialisme". Ici la définition des termes prends toute son importance. L’altermondialisme milite pour un "autre monde" possible et nécessaire, non pour celui-ci légèrement amélioré aux marges . Mais ce militantisme porté par une perspective transcendantale s’appuit en fait sur la critique radicale de l’actuelle mondialisation, sur la mondialisation capitaliste. D’ou les mobilisations de Seattle à Bruxelles.

Cette critique aboutit notamment à une volonté de rétablir la citoyenneté contre la gouvernance . Là il faut bien reconnaitre que la nation est encore le cadre de son exercice . Cela n’était guère évoqué auparavant (malgré les analyses de quelques auteurs comme André BELLON, Christophe RAMAUX et d’autres) . Le débat sur les rapports de l’UE avec l’OTAN a beaucoup favorisé ce retour . De même la réhabilitation d’une réappropriation publique des services et entreprises privatisés semble bien devoir s’exercer via l’Etat, ce qui favorise le retour critiqué par Dominique BOULLIER à l’idèe de Nation..

Avant de replacer plus justement "ce retour de la Nation", de relativiser son retour , il convient de remarquer qu’il ne prends pas partout - et c’est heureux - la forme de la xénophobie, du racisme et de la fermeture . Mais sans doute faudra-il appuyer plus désormais sur la nécessité d’une Europe des droits citoyens pour les résidents étrangers, pour un droit d’asile effectif, etc...

Cela a été répété : la Nation n’est pas le peuple . Pas de longue dissertation ici sur l’entourloupe d’une abstraction qui dépossède précisément le peuple concret en lutte . Mon propos consistera plutôt à dire que dans le mouvement "alter" la nation ne constitue pas l’alpha et l’oméga d’une réponse contre la mondialisation du capital . C’est plus contre les causes déterminantes de cette mondialisation que contre la mondialisation "en soi" que les altermondialistes luttent . La citoyenneté est donc à l’ordre du jour partout, par prise en compte des rapports sociaux qui s’étendent sur la planète avec la montée en puissance des firmes multinationales ; par la critique de l’OMC, du FMI et de la BM . La citoyenneté ne peut donc durablement demeurer une utopie dans les entreprises . Il en est de même dans les régions (espace territorial ou les mécanismes d’une planification démocratique pourrait se mettre en place) .

Des lois sont bien nécessaires pour cela en lien avec un processus d’étatisation des principaux moyens de production et d’échange . Il y a effectivement besoin de gauche pour cela ; une gauche capable de défaire les mesures prises par la droite et la "gauche plurielle" qui a accompagné le capitalisme financier honni par les altermondialistes . Besoin aussi d’une réconciliation des écologistes avec la gauche d’alternative avec une gauche "ancrèe à gauche" comme disent les PS de gauche.

Enfin, la citoyenneté ne doit plus rester un gadget institué pour faire passer la pilule de l’ultralibéralisme maastrichien au sein de l’Union européenne . Le "déficit démocratique" perdure depuis trop longtemps. Plusieurs générations d’étudiants, dont je suis, ont écouté Mr Jean RAUX professeur de droit européen à la fac de Rennes montrer l’ampleur de ce déficit démocratique en lien avec le déficit social - le déficit environnemental n’était pas encore pointé à l’époque . Aujourd’hui le système de gouvernement européen s’apparente aux dispositifs préconisés par les libéraux : il ressemble à un système de gouvernance à dominante bureaucratique intégrant les Eglises, les syndicats, les lobbies patronaux mais ou le Parlement n’a qu’une faible place. Cela doit changer.

Le mouvement de réappropriation du monde contre le capital ne se borne donc pas à la Nation, il investit transversalement tous les champs, tous les niveaux territoriaux, et ce d’autant plus que la Nation à l’inverse du peuple a historiquement la facheuse tendance à faire le jeu des puissants, des oligarchies financières, des dirigeants et des bourgeois, bref de tous ce qui n’est pas le peuple, ce dernier étant composé des salariés, des paysans et des artisants.

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