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Rennes, laboratoire de l’ordre en marche ?

lundi 19 juin 2017

Pétition

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A quelques jours d’intervalles, il s’est passé à Rennes deux événements d’une extrême gravité, qui ne devraient pas laisser indifférents tous ceux que préoccupe l’état des libertés publiques sur le territoire français.

Le 30 mai, à 6 H du matin, des dizaines de policiers cagoulés munis de fusils d’assaut, défoncent des portes de logements à coups de bélier et procèdent à 6 perquisitions simultanées aux quatre coins de la ville. 7 personnes sont interpellées, dont deux mineurs. Cette opération fait suite à un curieux épisode où c’est pourtant le comportement policier qui mériterait une enquête. Le 27 avril, au cours d’une manifestation de 2000 personnes sur le mot d’ordre « ni Le Pen ni Macron », un motard de la police nationale était descendu de sa moto pour braquer son pistolet sur les manifestants. Captée par les journalistes, l’image était devenue virale sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, ce comportement dangereux et injustifiable d’un policier qui n’était nullement menacé, comme le montrent les vidéos, est devenu prétexte à une enquête contre de présumés manifestants pour… violence avec armes (un pommeau de douche dont on se serait servi pour intimider le motard), ce qui a justifié les perquisitions du 30 mai. En outre, le modus operandi de cette opération policière, dès le départ si peu justifiée, correspond à celui d’une interpellation d’individus très dangereux supposés détenir un armement lourd : défonçage des portes, policiers suréquipés, armes braquées, plaquage et menottage au sol des interpellés. Or le choix des « cibles » montre qu’elles ont été choisies non pas en fonction de leur présence présumée sur les lieux de la manifestation (de fait certains on pu prouver qu’ils n’y étaient pas) mais sur leur appartenance supposée à une mouvance anticapitaliste.

Le 7 juin, toujours à Rennes, était jugé un participant à cette même manifestation du 27 avril, qui était accusé d’avoir jeté des pierres contre la police, ce qu’il a toujours nié. Deux jeunes femmes sont venues témoigner avoir vu des policiers glisser des pierres dans la poche du garçon. Le président du tribunal, Nicolas Léger, fait lourdement pression sur ces témoins en manifestant son incrédulité et en leur rappelant le danger du faux témoignage. Prophétie autoréalisatrice, événement à peu près jamais vu dans l’histoire de la justice, après que le jeune homme a été condamné à six mois de prison avec sursis, les deux jeunes femmes sont arrêtées et menottées sous l’accusation de faux témoignage, et conduites devant un juge d’instruction. Ce dernier, manifestement réticent à les mettre en examen dans ces conditions rocambolesques, les remet en liberté sous le statut intermédiaire de témoin assisté.

Ainsi donc, à deux reprises, des policiers et des magistrats ont manifesté une belle solidarité dans des opérations dont le seul objectif clair est d’empêcher de remettre en cause des pratiques policières et judiciaires de plus en plus affranchies du droit commun, face à certains des adversaires les plus résolus du gouvernement en place. S’il est désormais impossible d’apporter des témoignages contredisant la version policière, si de supposés dissidents de l’ordre libéral peuvent subir des opérations d’une telle brutalité, on n’est plus très loin de ce qui a été théorisé comme « le droit de l’ennemi » : à savoir, en réalité, la réduction à presque rien des droits des personnes décrétées comme telles.

D’un côté, on a une police qui, depuis ses manifestations de l’hiver dernier, ne cesse de prendre une forme d’autonomie de plus en plus inquiétante en se montrant notamment toujours plus intolérante à toute critique (comme l’a montrée la récente interpellation d’Amal Bentousi, qui ne faisait qu’exercer son droit de filmer la police), d’un autre un gouvernement qui, tout en préparant son offensive thatchérienne de l’été annonce vouloir faire entrer l’état d’urgence dans le droit commun. Si l’on tient compte du fait que le chef de cabinet du président est l’ancien préfet de Bretagne connu pour sa gestion plus que musclée de l’ordre public, et qu’Amnesty International en est déjà à s’interroger sur la difficulté croissante de manifester en France, on peut dire que tout se met en place pour que Rennes soit une sorte de laboratoire pour des formes de répressions de plus en plus affranchies des garanties gagnées par des siècles de luttes sociales et politiques.

Raison de plus de ne pas laisser passer les abus des magistrats et policiers rennais. Nous exigeons la libération des interpellés du 30 mai et l’abandon des poursuites contre les témoins du 7 juin.

Serge Quadruppani, écrivain
Eric Hazan, éditeur et écrivain
Frédéric Lordon, économiste directeur de recherche au CNRS
Hugues Jallon, éditeur et écrivain
La Parisienne Libérée, chanteuse
Alain Damasio, écrivain
Pierre Alféri, écrivain
Nicolas Klotz, cinéaste
Elisabeth Perceval, scénariste
Ludivine Bantigny, historienne
Nathale Quintane, écrivain
Olivier Besancenot, porte-parole du NPA
Isabelle Bruno, MCF en science politique à Lille-2
Manuel Cervera-Marzal, docteur en science politique
Isabelle Garo, philosophe, professeur au lycée Chaptal
Marie Laure Geoffray, maître de conférences et directrice adjointe à l’IHEAL
Michael Löwy, sociologue, directeur de recherches émérite au CNRS,
Philippe Marlière, professeur de science politique à l’University College de Londres
Olivier Neveux, professeur d’études théâtrales à Lyon-2
Ugo Palheta, sociologue, maître de conférences à Lille-3
Christine Poupin, technicienne dans l’industrie, porte-parole du NPA
Julien Salingue, docteur en sciences politiques
Grégory Salle, chargé de recherche en science politique au CNRS
Catherine Samary, économiste, maître de conférences à l’université Paris-Dauphine
Rémy Toulouse, éditeur à la Découverte
Enzo Traverso, historien à Cornell University College of Arts and Sciences
Mathieu Bonzom, maître de conférences à l’université d’Orléans
Razmig Keucheyan, professeur des universités à l’université de Bordeaux

https://www.change.org/p/la-rue-ren...

inculpés de Rennes

Rappel
Tribune : Un policier braque son arme sur une manifestation, cinq des manifestants sont accusés de violence sur agent !

http://www.rennes-info.org/Un-polic...

1 Message

  • Nous vivons des faits similaires en Corse : le milieu étudiant est victime de harcèlement policier et judiciaire depuis l’affaire de REIMS où un jeune homme a perdu un oeil après un tir de flashball de la police (les caméras de vidéosurveillance montrent la violence gratuite de la BAC de Reims ) depuis la jeunesse a manifesté sa colère à plusieurs reprises mais le jeune homme éborgné n’a toujours pas eu droit à un procès,depuis fevrier 2016 il n’y a toujours pas de résultats de son expertise médicale .La ligue des droits de l’homme a d’ailleurs demandé des comptes au préfet de corse à ce sujet il y a quelques jours. Bien-sûr pas de réponse ! Dans le même temps plus de 100 interpellations ont eu lieu dans les rangs de militants syndicalistes étudiants ,par des hommes en armes à 6 h du matin ! des dizaines de perquisitions où l’on ne trouve ni armes ,ni argent , ni drogue n’empèchent pas des arrestations et des incarcérations !
    Nos jeunes sont en prison ! Les ADN sont prélevés ,des dizaines de jeunes se retrouvent fichés Le parquet requiert les services de la police scientifique pour comparer des traces ADN sur la ville de Corte ,parfois des mèches de cocktails molotov c’est vrai mais parfois des morceaux de ficelles , des bouts de chiffons et même des poils retrouvés dans des lieux publics !!!! Tout cela pour fabriquer des preuves qui emmènent nos jeunes sous les verrous ! Les fonctionnaires zélés du parquet et de la police laissent libre cours à leur mépris pour les Corses ,leur politique répressive et arbitraire à eu au moins une réponse :3 députés nationalistes sont élus ! Le pays des droits de l’homme vacille sur ses bases La vigilance citoyenne est plus que jamais d’actualité !

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