« Initié par Olivier Mellano et Emmanuel Tugny, le projet RALBUM ROUGE rassemble des écrivains et des musiciens dans le cadre de la production d’un album « énervé » : un album exprimant leur colère ou leur révolte, face à l’époque. On y parle de l’affadissement des valeurs politiques, d’un président nucléaire qui ne pense qu’à son égo, des rêves de la société de consommation, des ouvriers sans papiers, de la redémolition du Nisard de Chevillard, de la peur, sociale, brutale, animale, qui tétanise… le tout dans un rock à la fois mélodique et sans concessions, mélancolique et débordant d’énergie. Un hymne au vouloir-vivre dans une époque de manque. »

Rennes info entretien avec Olivier Mellano. juin 2008
On commence par le nom de l’album : Ralbum ?
D’abord c’est un projet qu’on a pensé avec l’écrivain Emmanuel Tugny, qui est un grand ami à moi avec qui je collabore depuis pas mal de temps, sur des projets musicaux et dans l’écriture et c’est lui qui a eu l’idée de ce titre là, qui est simple et efficace. Ce projet est vraiment né d’un raz le bol de l’évolution de la société, évolution qui est engagée depuis très longtemps, mais on sent une accélération du mouvement et nous avons eu envie de faire un acte artistique de cette exaspération, d’où la contraction d’album et de raz le bol (ralbum).
Est-ce un acte politique?
Oui ce disque là a vraiment été est un acte politique, je ne suis pas forcément engagé de façon aussi explicite dans mes autres projets, (sauf peut-être dans Mobiil ) et même si chaque projet est évidemment totalement politique, avec le ralbum on a décidé de mettre ostensiblement ça en avant en demandant à des écrivains d’écrire des textes de chanson avec un axe politique. Nous avons ensuite mis ces textes en musique.
Comment c’est fait le choix des écrivains?
C’est d’abord un réseau d’affinités. Ce projet a pu voir le jour grâce à Laure Limongi, directrice de la collection Laureli aux éditions Leo Scheer. Les écrivains à qui nous avons proposé le projet sont des écrivains que Laure Limongi, Emmanuel Tugny et moi même connaissions plus ou moins. Francois Bon, Eric Chevillard, Eric Meunié et d’autres... Certains textes ont été mis en musique , d’autres figurent juste dans le livre. Les auteurs nous ont proposés des textes avec des axes thématiques ou stylistiques très différents, ce qui fait la richesse du projet.
Finalement y’a un peu de rage dans cet album?
Mais complètement, pas qu’un peu, c’est une exaspération extrême de voir que finalement beaucoup de gens ont l’air de se contenter à peu près de la situation actuelle. Ça se fait de façon tellement insidieuse qu’on fini par ne plus rien voir, parce que tout arrive de façon très sourde, très douce, sournoise, très politiquement correcte, on ne voit plus... mais beaucoup s’accommodent de cette grande violence politique tant qu’ils ne la subissent pas. C’est vraiment violent ce qui se passe...
Peut-on parler d’un album de gauche ?
Le projet Ralbum se pose très clairement à gauche, tous les gens qui ont participé à ce disque sont évidemment plutôt à gauche, voire très à gauche et (mais!) hormis ces étiquettes là, c’est surtout un système contre lequel on se bat, celui du tout argent, de l’avoir absolu, d’un déséquilibre planétaire qui s’accentue et qui va droit dans le mur
D’où la couleur de l’album
Tout à fait, c’est assumé comme ça, on s’en cache pas du tout et en lisant les textes même si certains sont plus ou moins métaphoriques, on voit très très bien de quoi ça cause...
Le choix de l’album livre
C’était l’idée d’un livre accompagné d’un disque, un livre avec les textes mis ou non en musique. C’est un double objet, un croisement de gens et de genres. Et notre volonté était de proposer autre chose que ce qui se fait plus couramment en terme de chanson engagée, souvent réservée à un type de musique particulier, qui nous ne nous correspond pas forcément. Nous avions envie de nous approprier cela, de le faire à notre manière.
Quand tu parles de musique engagée tu penses au rap ?
Non, au contraire, parce que j’ai l’impression que le rap n’est plus que très rarement une musique engagée, dans 95% des cas, c’est une sorte de célébration de l’avoir, ultra matérialiste, à base de chaînes en or, de grosses bagnoles..., nous sommes évidemment vraiment aux antipodes de ça, d’ailleurs le texte de Arm de Psykick Lyrikah montre qu’on peut faire du rap autrement. Des gens comme La Rumeur ou Casey, sont aussi assez engagés dans le rap mais représentent une minorité.
Je pensais plutôt à une sorte de musique un peu alternative, un peu reggae bab etc. qui n’est pas trop notre truc artistiquement, après ce qu’ils défendent on le défend aussi, mais nous voulions le défendre artistiquement d’une autre manière, sûrement moins festive, plus crue, plus sombre.
Notre conscience est en alerte depuis longtemps, mais là nous avons décidé de passer à l’acte, de faire cet objet et puis de décider d’en faire d’autres à la suite, normalement en 2009, et nous continuerons tant que nous aurons l’énergie et que ça regroupe des gens vers un même dynamique
C’est un album qui est contre un système mais qui n’aborde pas de situation particulières, précises...
Ce disque épingle une situation très globale, parce que le fait de fixer dans le temps une situation particulière, même s’il y’a des textes qui sont plus explicites que d’autres, ce serait réduire un peu le champ et cela permettra, je pense, aux morceaux de durer plus longtemps.
Il y a la France, mais ce mouvement déborde le pays, de façon plus ou moins accentuée.
Toi aussi tu parles de la mondialisation, de globalisation?
Oui tout vas dans ce sens là et notre président y court, A force de voir le mouvement s’amplifier, on ne peut pas ne pas réagir. On ne se fait pas trop d’illusions sur la portée de notre geste, mais il n’est pas réfléchi et ne rien faire serait encore impensable.
Vous vous êtes bien amusé à le faire cet album?
Nous avons fait ça dans une énergie très combative, très joyeuse, parce que c’est joyeux de se battre, ce qui serait triste ce serait de renoncer et de se résigner, ce projet est le contraire d’une résignation
Après je comprend que tous n’aient pas l’énergie de se battre, il y’a des gens qui bossent comme des fous toute la journée, le soir ils sont complètement sur les genoux, ils acceptent le système et sont complètement broyés par lui. Ils n’ont plus l’énergie pour réfléchir ou pour se battre.
Nous sommes conscient de la chance que nous avons de faire ce métier, d’être artiste, musiciens etc. et nous avons le devoir de réfléchir et d’agir, de faire des choses en âme et conscience.
Notre projet n’est absolument pas donneur de leçon, nous voulons occuper notre place d’artistes et de créateurs par rapport à ce qui se passe autour de nous.
Tu as joué avec Dominique A, Tiersen... influence...
Non pas forcément, enfin on s’auto-influence tous, on travaille ensemble. C’est vrai que les gens avec qui je travaille ont un souci d’exigence, d’autonomie, d’indépendance, même quand ça marche bien ils ne perdent pas le fil et ne vont pas forcément faire dans la facilité, la musique reste première, donc c’est plutôt un leçon...http://www.commentcertainsvivent.com/" target="_blank"> Dominique A par exemple est quelqu’un de très intègre, qui ne fait jamais ce qu’on attend de lui, dans un souci d’indépendance très fort, c’est un exemple. D’ailleurs Dominique A a participé à ce Ralbum et participera au prochain.
Rennes info remercie Olivier Mellano pour cet entretien, réalisé à Rennes en juin 2008
Le Ralbum rouge Collectif Le Ralbum rouge
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