Accueil du site > Société > Privatisation des voies ferrées en France

Privatisation des voies ferrées en France

samedi 22 octobre 2005

Citation

« Le privé en train de fondre sur les voies ferrées françaises

Une loi veut mettre fin au monopole dans l’entretien des nouvelles lignes.

par Cédric MATHIOT

QUOTIDIEN : vendredi 21 octobre 2005

La privatisation de la SNCF commence sur un petit bout de voie ferrée.

Le sénat a voté, dans la nuit de mardi à mercredi, en urgence, une loi qui devrait permettre de déposséder la SNCF de la maintenance des voies pour la première fois en France.

La loi « sur la sécurité et le développement des transports » ­ qui va maintenant être soumise aux députés ­ est un texte fourre-tout, qui prévoit notamment l’ouverture du fret ferroviaire domestique à la concurrence. Mais on trouve aussi, au registre du ferroviaire, un article prévoyant de priver le Réseau ferré de France (RFF, propriétaire du réseau ferroviaire national) de son monopole dans la maîtrise d’ouvrage des voies nouvelles.

« Package ». Cette évolution législative est nécessaire pour la mise en place des partenariats publics privés (PPP) que le gouvernement entend développer (Libération du 14 octobre). Le PPP permettra à la puissance publique de confier à un investisseur privé un « package » concernant la réalisation d’une voie ferrée, mais aussi son entretien pendant trente ans. Ce qui revient à empiéter sur les plates-bandes des 35 000 agents de la SNCF en charge de la maintenance des voies pour RFF. « C’est une pure et simple privatisation de la maintenance », argue la CGT, qui a mis le sujet sur la table en conseil d’administration cette semaine. De fait, il y a urgence. Dominique de Villepin a présenté, le 14 octobre, lors du dernier comité interministériel d’aménagement et de compétitivité des territoires, une liste de trente-cinq projets de PPP dont une partie des travaux de la ligne du TGV Rhin-Rhône ou le contournement de Nîmes et Montpellier.

Les partisans du PPP arguent que la SNCF sous-traite de plus en plus ses travaux d’entretien au privé, et notamment la régénération (gros travaux de maintenance). « Mais, dans ces cas-là, la SNCF reste maître d’oeuvre et contrôle les procédures », explique-t-on dans l’entreprise ferroviaire. Ce qui ne sera plus le cas dans un PPP. Chez RFF, qui n’aborde la question que du bout des lèvres, on précise que cette délégation de la maintenance ne concernera pas la partie de l’entretien liée à la sécurité, qui demeurera dans le giron de la SNCF. « Le problème, c’est que tout relève de la sécurité dans l’entretien des voies », déplore-t-on à la CGT. Une préoccupation qu’a soulevée la gauche lors du vote au Sénat. « Le partenariat public-privé introduit la logique du profit dans les décisions d’infrastructures, leur tarification et leur gestion, s’est ému Jean Desessard, sénateur PS. Un pays vous a précédé dans cette voie : l’Angleterre de madame Thatcher. Les conséquences ont été catastrophiques. »

Pirouette. Cela fait quelques mois que l’entreprise redoute de voir le privé débouler dans l’entretien des voies, alors que l’Etat peine à dégager des budgets pour faire face au vieillissement du réseau. Si le récent audit sur l’état des voies ferrées avait insisté sur la nécessité d’investissements publics, il avait aussi suggéré de développer les PPP ferroviaires. On y est. L’appel d’offres pour la ligne du TGV Rhin-Rhône devrait être lancé en 2006, selon le ministère des Transports, qui réfute le terme de transfert vers le privé au prix d’une pirouette qui ne devrait guère rassurer les cheminots : « Il n’y a pas à proprement parler de transfert, parce qu’il ne s’agira que des nouvelles lignes ». »

source

commentaire de la rédaction :

un film à revoir, The Navigators de Ken Loach sur la privatisation des chemins de fers brittaniques.

« Suivre les personnages sur leur lieu de travail, c’est un moyen trop souvent sous-exploité de montrer comment ils fonctionnent ensemble et comment ils réagissent aux conflits. » (...) « Les ouvriers sont obligés d’entrer en compétition les uns avec les autres. Ça détruit toute solidarité. C’est ce qui se passe dans presque toutes les industries en Europe. » Ken Loach

Proposer un complément d'infos

Par défaut, SPIP notre CMS est respectueux de la vie privée de ses visiteurs et ne pose pas de cookies de traçages ou publicitaires. Suivre la vie du site RSS 2.0