Communiqué RESF (12-08-2008)
Les prisons pour étrangers prennent feu parce qu’elles ont vocation à distiller le désespoir et l’humiliation pour les étrangers sans papiers détenus : pour un grand nombre d’entre eux, l’étape suivante est un bannissement de 5 ans et le rejet, dépourvus de tout, sur le tarmac d’un pays qui n’est plus ou pas le leur.
Derrière les écrans de fumée des propos gouvernementaux, une réalité honteuse : la famille Sylejmani déportée au Kosovo en moins de dix heures par avion spécial.
Arrêtée à son domicile de Pau le 7 août à 6 heures du matin, la famille Sylejmani, convoquée le 25 septembre devant la Commission nationale du droit d’asile, a été embarquée à 11 heures dans un petit avion, accompagnée de cinq policiers ( !), directement vers Priština. Qui parle de déficit budgétaire ?
Au passage la police, nombreuse, avait capturé une fillette amie hébergée pour la nuit, (qui avec sa famille avait été détenue dans le centre de rétention d’Hendaye au début de l’été). Alma, 10 ans, Drenusha, 8 ans et Albin, 5 ans dans quelques jours, élèves de l’école Gaston Phoebus de Pau, sont arrivés avec leurs parents à Pristina à 16 heures, leur père a gardé les mains liées pendant tout le voyage, risquait-il de s’évader ?
Quelle justification pour ces opérations brutales et coûteuses sinon celle de court-circuiter soutiens et mobilisation ?
Les CRA brûlent parce que des étrangers y sont privés des droits que leur reconnaissent les lois votées par les représentants du peuple français : père , beau-père, conjoint de Français, peu importe : c’est l’expulsion !
Christian Kabengele, (Congo RDC), expulsé le 31 juillet 2008. Il est le conjoint d’une Française et le père d’un fils français. De ce fait, il a vocation à être régularisé. (art. L313-11 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA). A preuve, les services de la préfecture du Loiret lui ont demandé, dans un courrier du 28 juillet, de compléter par des documents sa demande de régularisation relancée en juin. Le secrétaire général du Loiret, alerté le 29 juillet par la femme de Christian, n’a rien voulu entendre. L’expulsion a été exécutée avec le plus grand cynisme, conformément à un arrêté de reconduite à la frontière pris en mars 2008 par la préfecture du Val de Marne. Le courrier de la préfecture du Loiret attend sa femme à son retour de Roissy, Christian arrivera à Kinshasa quelques heures plus tard…
Il n’est pas le seul : à Marseille, Dimingou Mendy, en France depuis 1980, père d’un enfant français, a été expulsé dans des conditions de grande violence le 26 juillet, comme Mme Yu, Chinoise, épouse d’un Français, dont l’état de santé interdisait tout transport : « Il ne tiendra qu’à elle d’obtenir un visa long séjour dans un consulat à Pékin, puisqu’elle est mariée à un Français » a déclaré le directeur de cabinet de la préfecture de Haute Saône.
A Kinshasa comme ailleurs, le délai moyen de délivrance d’un tel visa à un conjoint de Français par nos consulats est d’environ deux ans !
Les CRA brûlent : les chiffres sont les chiffres, il y a des objectifs à tenir et une médaille d’or à la clé...
Qu’importe l’ancienneté de la présence en France, la scolarité en cours des enfants, les liens avec la France, le droit à une « vie privée et familiale » garanti par la Convention Européenne des Droits de l’Homme.
M. et Mme Liu se présentent le 6 août, munis d’une convocation au 8ème bureau (celui qui expulse) de la Préfecture de Police de Paris. En France depuis 10 et 9 ans, ils ont deux fils de 23 et 21 ans, le plus jeune lycéen. Arrêtés à 16 heures, placés en garde à vue et transférés séance tenante à l’aéroport, deux places leur étant réservées sur le Paris-Pékin de 20 h 20. Un mauvais citoyen leur a conseillé alors de refuser d’embarquer, ce qu’ils ont fait... Remis en liberté par le tribunal de Bobigny, leur jugement est fixé au 9 septembre.
Dimanche 10 août : 8 personnes dont une élue à 9 heures du matin dans un commissariat des Hauts- de-Seine pour un jeune père chinois arrêté la veille. Les policiers semblent trouver notre venue normale. Légitime ?
Il est clair que la solidarité s’installe. Durablement
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