POUR UN STATUT COMME "BIEN COMMUN" DU SALARIAT RESIDENT
Face à la généralisation de la précarité, de la flexibilité et du chômage
Ce texte - dépouillé de ses annexes de définitions - veut participer comme contribution au dégagement d’une perspective favorable à la la communauté d’intérêt des salariés actifs ou non , français ou étrangers (au sens de Shengen ) mais résidents durablement sur le territoire français. De 1994 (CIP) à 2005 (CNE) et 2006 (CPE) en passant par le SIVP et les TUC une tendance lourde fragilise une fraction du salariat et menace le reste du salariat stable de précarité afin d’augmenter l’exploitation. Une tendance qui n’est ni seulement française ni seulement européenne mais qui s’inscrit dans une dynamique mondiale d’affaiblissement des garanties de la mise au travail . Pourtant le salariat ne subi pas pareillement l’exploitation capitaliste tant ici en France que dans les pays du sud . Ce qui se maintient et se généralise c’est un système dual et flexible de la gestion de la main d’?uvre . En ce sens nous ne sommes pas encore passé "du salariat au précariat ?" (Evelyne PERRIN ). Cela mérite quelques développements.
I. - La dualisation de l’organisation du travail.
Enjeux des définitions : On comprend que le terme dualisation ou système dual signifie une
bipolarisation interne du travail que le capital utilise pour relativiser
voire faire oublier l’opposition frontale entre capital et travail ; Mais
de quelle bipolarisation s’agit-il ? Nous pensons que la division du monde
du travail salarié entre un secteur à statut relativement stable au sein
des grandes entreprises (CDI) et des appareils d’Etat (statut de la
fonction publique) et un secteur précarisé et souvent moins bien payé n’a
pas disparue loin de là, qu’il s’agit d’une division forte qui se
généralise malgré l’extension de la précarité. Point important : ce
secteur précarisé est coupé de l’emploi stabilisé mais n’est pas coupé du
chômage car nombre de précaires sont dans un cycle travail précaire
chômage- travail précaire. Cette dualisation ne correspond donc pas à la
distinction mensongère opposant les inclus des exclus puisque les inclus
ne le sont pas tous loin de là.
Le chômage inséré dans cette compréhension : Cette dualisation - fondée sur un secteur plus protégé quoique
constamment menacé et agressé et un secteur hyperexploité et sous menace
constante - se combine avec le maintien voulu d’un volant de chômage . La
constitution d’une armée de réserve fait partie de la stratégie du capital
pour résoudre sa crise de rentabilité (cf. Odile CASTEL). Nous ne nions
donc pas qu’il existe des chômeurs de longue durée non seulement exclus du
travail, mais bien souvent du logement et d’un revenu décent. Mais ce ne
sont pas les seules catégories sociales qui ont à souffrir des dégâts du
libéralisme . Les libéraux et certains sociaux démocrates (cf note sur le
livre "Economiquement correct" ) mettent l’accent sur cette catégorie
sociale car ils sont fiers des bons résultats d’un capitalisme
actuellement capable selon eux de réduire la pauvreté de cette frange tout
en bas de la société. Leur version du "bien commun" ou de "l’articulation
de la liberté et de la justice" s’accommode de très peu tant pour le
niveau des plus pauvres que du mode de vie des autres, les précaires et
les statutaires en voie de désaffiliation.
Toyotisme et maintien du taylorisme : Ce système dual est issu de l’après fordisme ( ) et correspond à la mise
en place des modes d’organisation post-taylorien ( ) du travail . Le
modèle d’origine a pour nom toyotisme ( ) . Pour autant, l’organisation
taylorienne n’a pas disparue . Le modèle dit toyotiste a pris forme dans
l’industrie japonaise il y a vingt ans. Il s’est généralisé sur le mode d’une dualisation
sociale de la gestion de la force de travail sous l’effet de la
mondialisation néolibérale. Le terme de dualisation signifie une division
du monde du travail salarié entre un secteur à statut relativement stable
dans les grandes entreprises et dans les appareils d’Etat (statuts de la
fonction publique ) et un secteur précarisé et mal payé sortant
difficilement du cycle chômage - travail - chômage.
Nouveautés et vieilles pratiques du patronat : Les besoins du capital ont exploité, pour définir de
nouvelles organisations du travail, notamment dans les pays
industrialisés, les aspirations à la polyvalence et à l’individualisation
. Mais cette organisation "différente" reste toujours fortement contraignante, car toujours soumise au capital, à sa logique, à sa conception du rendement, de l’efficacité . En conséquence cette dualisation s’opère sur fond de flexibilité, d’intensification du travail, d’individualisation poussée et donc de mise en concurrence généralisée des travailleurs l’ensemble étant source de désaffiliation d’une masse croissante de travailleurs des cadres stables existants . Ce processus de fond tend à saper le modèle qui néanmoins perdure et se généralise. Fondamentalement le sytème en a besoin.
II. - La généralisation du processus de dualisation sous des "modèles" différents .
De la concurrence entre les salariés ...
Si la mondialisation sans adjectif peut ici ou là favoriser de vrais
coopérations et de l’amitié entre les peuples, il reste que
fondamentalement l’actuelle phase du capitalisme mondialisé renforce un
monde hobbesien (ou "l’homme est un loup pour l’homme") dans les
entreprises, non seulment entre le travail et le capital mais au sein même
du salariat, et ce dans tous les pays de la planète.
La mondialisation du capital renvoie à la globalisation financière, à la
marchandisation du monde (services publics, force de travail,...), à la
privatisation des moyens de productions, aux délocalisations. Elle accroit
férocement la concurrence entre les travailleurs et les fragilisent tous
mais différamment. Le principe de concurrence exige cette différentiation
dans l’attaque car face au nombre il importe de diviser, de créer des
corporatisme. Du coup l’exigence d’unité et de solidarité du monde du
travail salarié est essentielle. Cela ne signifie pas ignorer les
spécificités catégorielles mais travailler constamment aux convergences.
... à la concurrence systèmique de la mondialisation du capital.
La concurrence des travailleurs s’inscrit à la fois dans la crise de
rentabilité du capital et dans le cadre de la nouvelle concurrence
systémique qui a succédé à la concurrence internationale classique au sein
du système capitaliste mondialisé . Pour Odile CASTEL, cette concurrence
systémique se réalise à l’intérieur et entre trois grands ensembles
d’acteurs : les firmes, les Etats et les Institutions et Organisations
Multilatérales. C’est la concentration mondial du capital qui pour
l’essentiel est à l’origine de ce changement .
Plus précisément cinq phénomènes caractérisent la mondialisation libérale.
D’après l’auteur ils formeraient un système « ultra-impérialiste » tel que
décrit par Ernest MANDEL. Laissons la question de la caractérisation
globale afin de pouvoir poser très succinctement les 5 traits de cette
mondialisation.
1 - La formation d’oligopole mondiaux suite à la crise de rentabilité. De nombreuses entreprises font faillites mais d’autres se restructurent via de méga fusions-acquisitions . Les oligopoles nationaux disparaissent sous les effets de ce processus de concentration mondiale du capital.
2 - La globalisation financière, car sans cette libéralisation des marchés financier mise en place au cours des années 80 le processus de concentration n’aurait pu se faire. Voir fiche de JPE sur la désintermédiation bancaire . Cette globalisation a permis aussi le développement sans précédent des fonds de pension.
3 - L’importance du commerce intra firme . Les échanges commerciaux se font de moins en moins entre pays et de plus en plus entre établissements.
4 - Le partage des marchés mondiaux car les grands groupes collaborent pour se protéger de l’intrusion de nouvelles entreprises. Ils défendent des intérêts communs pour le partage du monde.
5 - Le passage d’une logique géopolitique à une logique géo-économique dans les relations internationales. Le politique se met au service de l’économie.
III. - Pour un statut protecteur sorte de bien commun de la dignité du salariat .
Face à l’insécurité, à l’utilitarisme patronal à l’encontre du travailleur et à ses exigences croissantes de soumission le salariat a besoin de retrouver sa dignité, d’être en capacité de ne plus courber l’échine pour gagner sa vie . Il lui faut un statut.
La "flexicurité" scandinave est présentée comme un modèle (cf. revue Partage n°186) . Pourtant la part faite à la flexibilté reste importante afin de satisfaire le patronat et les salaires en période de formation ou chômage sont réduits. Contre le chômage la solution ne peut résider uniquement dans la "formation tout au long de la vie", sorte de nouveau sésame . En fait il importe d’engager une nouvelle réforme de RTT sans baisse de salaire ni intensification du travail .
Ce statut doit être imposé par les luttes convergentes en Europe et être inscrite dans les lois nationales et dans les textes européens.
Autant dire que cela suppose des négociateurs déterminés soutenus par un puissant mouvement populaire dont le salariat réunifié au-delà des ses différences serait le principal moteur. Le mouvement actuel contre le CPE, CNE et CESEDA de Sarkosy semble relever de cette dynamique qui dépasse les frontières. Ce mouvement va permettre aussi d’engager un débat sérieux à l’encontre des partisants de la négociation sur fond d’adaptation au néolibéralisme.
Christian DELARUE Rennes