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Où sont passées les formations pour les chômeurs ?

samedi 26 août 2006

source : http://agenploi.free.fr/

Suivre une formation, c’est l’espoir d’un très grand nombre de chômeurs. On comprend pourquoi : sur la plupart des postes ne demandant pas de qualification particulière, le nombre des candidatures est tel que les chances de chacun sont très minces. Un diplôme d’aide soignante, un formation de conducteur poids-lourd est la condition sine qua non pour accéder au métier correspondant. Or accéder à l’un de ces métiers est non seulement la chance de faire quelque chose de plus intéressant, mais aussi d’évoluer sur un marché du travail moins concurrentiel.

Au début des années 90 encore, les possibilités pour les chômeurs d’accéder à de bonnes formations (les stages qualifiants) étaient réelles. Parmi les salariés d’aujourd’hui, du privé comme du public, nombreux sont ceux qui dans ces années-là on pu mettre à profit une période de chômage pour se reconvertir. La formation qualifiante était vécue à la fois comme un droit pour les chômeurs et comme un investissement pour la société.

Petit à petit, les choses ont commencé à se gâter. Comme d’habitude, les plus faibles ont été les premiers à essuyer les coupes budgétaires. Les stages d’alphabétisation, dont les femmes des familles immigrées étaient les principales bénéficiaires, ont fondu comme neige au soleil. Pour être remplacés le plus souvent par des actions de formation à temps partiel et de très courte durée. Non rémunérées, bien évidemment il ne fallait plus donner aux femmes immigrées l’occasion de gagner quelques sous sans faire en contre-partie le ménage dans nos bureaux.

Ensuite ce sont les stages réservés aux chômeurs les plus en difficultés et financés par l’État qui furent atteint du syndrôme de la peau de chagrin. Leur nombre diminua et leur durée aussi. Dans les derniers temps (il faut parler d’eux au passé, puisqu’ils ont complètement disparu) ils avaient du mal à dépasser les trois mois. Autant dire qu’à part le permis poids lourd, ils ne pouvaient plus servir à grand chose en terme d’accès direct à l’emploi. Malgré tout, à cette époque des stages de moins de trois mois, à la disposition directe de l’ANPE, permettaient encore de financer une licence cariste par exemple.

Aujourd’hui le paysage est simple, désolé, pourrions nous dire. Depuis que l’État s’est complètement dégagé du financement de la formation pour les demandeurs d’emploi, il ne reste plus que l’Assédic, d’une part, et le Conseil Régional, d’autre part comme financeur. L’Assédic ne finance que pour ses allocataires, soit moins de la moitié des chômeurs. Par la force des choses, le Conseil Régional reste la seule possibilité pour les chômeurs non indemnisés.

La politique de ces deux institutions est de plus en plus convergente : financer des formations là où les employeurs se plaignent de manquer de personnel. Exit le droit à la formation, bonjour l’adaptation de la main d’œuvre disponible aux « besoins des entreprises ». Exit les qualifications, références des conventions collectives, bonjour les « compétences » reconnues au cas par cas par l’employeur et perpétuellement remises en cause.

Bizarrement les changements de majorité récents dans la plupart des Conseils Régionaux ne se sont pas traduits par une inflexion significative quant à cette politique. Une conception étriquée, utilitariste de la formation des demandeurs d’emploi prédomine toujours. Et les organisations patronales ont toujours la haute main sur cette question, stratégique pour elles. On remarquera au passage que les anciens marxistes ne manquent pas parmi les spécialistes de la formation, y compris dans les organisations patronales. Tout à fait au courant des enjeux, mais ayant retourné leur veste, ils suivent l’air du temps.

Bien sûr, un demandeur d’emploi qui expose son projet de préparer tel ou tel diplôme pour affronter le marché de l’emploi dans de meilleures conditions, se verra rarement exposer tout ce qui précède. Par contre, il s’entendra répondre que son projet n’est pas réaliste, qu’il n’a pas vraiment cherché à savoir s’il y avait du travail dans ce secteur. Qu’il ne se rend pas compte de la difficulté... Personne n’aura vraiment le courage de lui expliquer que les fonds pour la formation ont diminué et que les employeurs font la pluie et le beau temps, y compris avec son argent.

Au final, il rentrera chez lui déçu, se demandant ce que signifie le droit à la formation. Il comprendra qu’il n’a pas d’autre choix que de rentrer dans le rang et de solliciter avec cinquante autres la mission d’intérim ou le CDD de manutentionnaire qui sera proposé le lendemain.

Quel gâchis !

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