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Notre tour viendra, notre tour est venu ! par Jean-Pierre Bastid.

lundi 24 octobre 2005

Notre tour viendra, notre tour est venu ! par Jean-Pierre Bastid.

20 octobre 2005

Né à Montreuil le 4 février 1937 et demeurant depuis trois ans à Bagnolet, dans le 93, je me dois de porter à l’attention de mes concitoyens les faits suivants, dont j’ai été témoin et victime.

Le mardi 11 octobre, j’ai été mis au courant par des voisins de l’expulsion de familles ivoiriennes habitant 2, passage du Gazomètre, à Montreuil. Nous nous sommes immédiatement rendus sur les lieux, ma femme et moi, pour leur porter assistance.

Nous avons regroupé leurs affaires éparpillés en pleine rue puis il a été décidé, avec les familles et les personnes solidaires du voisinage, de se réfugier à la maison de quartier Lounès Matoub, 4-6, place de la République, à Montreuil, pour abriter les familles et les enfants ainsi que leurs affaires et ainsi interpeller la mairie de Montreuil sur la nécessité de leur relogement. Un grand mouvement de solidarité a réuni les habitants de la commune et des environs.

Dans l’après-midi, un membre du cabinet du maire est venu à la rencontre des familles, leur proposant 3 jours d’hébergement en hôtel sur le département ou dans d’autres banlieues lointaines, alors que leurs enfants sont scolarisés sur Montreuil.

Les familles ont refusé la proposition estimant que leur situation resterait précaire. Le représentant de la mairie nous a très clairement menacés d’une intervention policière afin de nous évacuer. Dans cette éventualité, les familles et les soutiens ont décidé de se barricader dans la salle d’activités de la maison de quartier.

L’intervention a commencé vers 20 heures quand, à coups de bélier, les CRS ont défoncé la porte. Aussitôt l’éclairage a été coupé. Des enfants se sont mis à hurler.

Alors que nous nous tenions un peu en retrait en scandant des slogans contre les expulsions, les CRS casqués, visières baissées, armés sur le pied de guerre -, boucliers, jambières renforcées, tonfas etc. - nous ont encerclés.

Après avoir renversé et sauvagement jeté en l’air les sacs des familles, les tables et la nourriture qui s’y trouvait, ils ont commencé à nous repousser vers la sortie.

Inquiets pour les femmes et les enfants qui s’étaient réfugiés dans la cuisine, porte fermée, nous avons formé une chaîne afin de les protéger et d’être témoins de leur sort, vu la violence de l’intervention.

En vain.

Pour ma part, j’ai été projeté à terre et piétiné. J’ai eu beaucoup de mal à me relever.

Pour précipiter le mouvement et alors que j’étais déjà estourbi et en proie au vertige, un CRS a levé sa matraque, mais un gradé lui a fait signe de ne pas frapper. “ Ça va, monsieur ? ”, a-t-il demandé.

Puis me prenant par le bras, il m’a dirigé vers la porte tandis que ma femme et mes compagnons étaient évacués très brutalement vers la cour, les uns après les autres ou par petits groupes.

Me trouvant isolé et un des derniers, j’ai été poussé dans la cour entre deux rangs de CRS.

À mi-distance de la grille qui ferme la cour, j’ai essayé de parler au commissaire que j’avais vu le matin procéder à l’évacuation du passage du Gazomètre pour lui rappeler la présence d’enfants dans le local. Il m’a dit : “ C’est ça, c’est ça... Dégage ! ”

Je continuais ma route quand deux CRS se sont précipités sur moi. J’ai reçu un violent coup de poing sur le nez puis un troisième policier, en civil, qui s’ était joint à eux m’a asséné un très brutal coup de matraque sur le côté gauche de la tête. Tandis que je titubais, ils m’ont poussé brutalement vers la sortie et je suis tombé à la renverse sur des grilles.

On m’a relevé, la tête en sang, alors que j’avais perdu conscience.

Deux personnes m’ont soutenu et emmené m’asseoir au café le plus proche.

On a épongé le sang qui m’aveuglait et appelé les pompiers qui m’ont emmené avec ma femme à l’hôpital de Montreuil.

Premier bilan :

“ Traumatisme crânien, traumatisme facial avec plaie, couture paupière supérieure de l’œil gauche, hématome du nez orbite gauche, hématome du nez avec fracture, fracture de la 7e côte gauche, état de choc psychologique, incapacité totale de travail personnel (ITTP) de quinze jours, sous réserve... ”

En conséquence je porte plainte contre X pour ces faits de violences policières que rien ne pouvait justifier, n’ayant à aucun moment menacé quiconque.

A qui le tour ?

Quand ils sont venus chercher les communistes,

Je n’ai rien dit,

Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,

Je n’ai rien dit,

Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,

Je n’ai pas protesté,

Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,

Je n’ai pas protesté,

Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher

Et il ne restait personne pour protester.

Martin Niemöller (1892-1984) pasteur protestant.

À partir de 1942, la population française fut sous le contrôle de la police de Vichy. C’était compter sans la Résistance, mais, pour la majeure partie du pays, les résistants n’étaient que des agitateurs, des terroristes. Et pourtant ce sont ces trublions qui ont libéré le pays. Par la suite, la déportation, les camps, la Résistance devinrent pour quelques uns le pont aux ânes.

Pendant la guerre d’Algérie, ils en avaient perdu la mémoire alors que la répression policière s’abattait sur la France. Aujourd’hui, certains rigolent de ces “ vieilles lunes ” sans se rendre compte que la France de M. Sarkozy risque fort de prendre la relève de celle de M. Papon.

Pour notre ministre de l’Intérieur, fils d’émigré hongrois, il n’est pas bon être étranger. Chaque semaine, de nouveaux charters s’envolent à tire d’ailes pour évacuer Africains, Maghrébins, Asiatiques et Européens de l’Est. Pour le maniaque du Karcher, qu’importe si ceux qui restent vivent avec leurs enfants dans la terreur, dans l’angoisse d’une rafle et à la merci d’employeurs indélicats. Nous attendons l’aurore d’une nouvelle Résistance. Quelques-uns se sont déjà levés, ils savent que s’ils ne le font pas, ça pourrait être bientôt leur tour

Jean-Pierre Bastid

Jean-Pierre Bastid est invalide à 80 %. Cinéaste écrivain, il est co-scénariste du film Dupont Lajoie réalisé par Yves Boisset avec Jean Carmet, Pierre Tornade en 1975. Ce film a pour sujet la recrudescence du racisme en France.

Sources :

site à visiter : bellaciao

site à visiter : legrandsoir.info

- Sources :

http://forums.france5.fr/arretsurimages http://nice.indymedia.org/article.php3 id_article=10855

Vidéo expulsions de Montreuil :

1. Les violences policières. http://videobaseproject.net/video69.html

2. Le nez de Pinocchio (Une lettre visuelle en réponse aux calomnies). http://videobaseproject.net/video70.html

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