Notre élève Julio : toujours en rétention et menacé d’expulsion.
Société mardi 11 mars 2008 par rennes info
La communauté éducative du lycée Victor et Hélène Basch de Rennes
Restons mobilisés !
Julio est un lycéen de nationalité angolaise qui est scolarisé au lycée Basch depuis 2007. Mineur, il avait été placé dans un foyer par un juge.
Mardi 4 mars, au retour d’une sortie scolaire avec sa classe, Julio a été contrôlé sur des critères douteux par la Police aux Frontières qui l’a interpellé. Il avait des papiers mais, au regard de son physique, les policiers n’ont pas cru à la validité de sa pièce d’identité qui dit qu’il a 16 ans. Ils l’ont placé en garde à vue et emmené menotté faire des examens médicaux pour « vérifier » son âge. Ils ont aussi fouillé son domicile.
Les examens médicaux (pilosité, osseux, génital), dont la validité est très contestée, ont conclu qu’il était majeur. Du coup, Julio a été enfermé au centre de rétention de St Jacques de la Lande pour être expulsé du territoire français. Le préfet d’Ille-et-Vilaine lui a en effet délivré un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière.
Jeudi 6 mars, le juge des Libertés et de la Détention a validé la procédure d’interpellation et de mise en rétention de Julio.
Lundi 10 mars avait lieu 2 événements juridiques importants pour l’existence présente et future de notre élève :
1 – Le recours à l’arrêté préfectoral d’expulsion devant le tribunal administratif : Julio est confirmé en situation irrégulière et doit être reconduit à la frontière mais il est non expulsable vers l’Angola.
Seul recours : Julio fait une demande d’asile politique auprès de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides), qui peut le déclarer « Réfugié politique » et lui accorder le droit d’asile : réponse vendredi mais 80% des réponses sont négatives, surtout quand la demande est faite une fois dans le centre de rétention : elle est alors perçue comme une manœuvre pour retarder l’expulsion (tant que l’OFPRA ne s’est pas prononcé l’expulsion est suspendue).Les autorités cherchent à l’expulser ailleurs.
Par ailleurs pour obtenir le statut de réfugié politique, Julio doit faire la preuve qu’il est personnellement en danger dans son pays d’origine, et il doit être capable de témoigner seul des souffrances subies là-bas. Or à ce jour cet adolescent, orphelin de père et de mère, sans frère ni sœur, n’est pas en état affectif de rendre compte de ce qu’il a vécu en Angola, et ce qui lui arrive depuis une semaine ne l’aidera pas.
2 – L’appel de la décision du juge des libertés et des détentions prise jeudi 6 mars, qui validait la procédure d’arrestation de Julio et sa majorité qui le rend expulsable.
L’issue est défavorable à notre élève. Les raisons très peu rationnelles de l’interpellation et de la garde à vue (distinction au faciès, impression qu’il fait plus vieux que son âge), la violation de l’intégrité physique de l’adolescent par des examens pileux, génitaux et osseux, ont été jugés conformes à la loi…
Résultat : Julio est de nouveau au centre de rétention, pour un temps indéfini, et demeure non scolarisé.
Donc, hormis la décision de l’OFPRA mercredi, nous n’avons plus rien à attendre du côté juridique pour notre élève.
Désormais seul Monsieur le Préfet, qui a prononcé l’arrêté d’expulsion, peut défaire ce qu’il a fait, et dès demain, mardi 11 mars, nous nous tournerons résolument vers lui, pour la seconde fois.
Nous lui dirons ceci : nous sommes membres d’une communauté qui participe à l’éducation et à l’instruction de lycéens jamais bien loin de la majorité, et depuis l’arrestation et la rétention de notre élève nous vivons et vivrons dorénavant dans la crainte, la honte et la colère qu’à tout moment, et notamment au cours des sorties scolaires, certains de nos élèves soient la cible de contrôles d’identité au faciès et d’examens médicaux dégradants, et soient même dans certains cas arrachés à la communauté éducative à laquelle ils appartiennent, pour être placés en rétention.
Nous ajouterons que le traumatisme subi par Julio est et sera aussi celui de ses camarades qui, comme nous professeurs, ne peuvent tolérer qu’un des leurs ne réponde pas à l’appel un matin pour des raisons que des personnes soucieuses de la dignité humaine ne peuvent accepter.
Si Julio restait en rétention et était expulsé les élèves perdraient confiance en la communauté des adultes qui sont en partie responsables de leur présent et de leur avenir.
Nous voulons que Julio revienne au lycée et que plus jamais un tel scandale ne se reproduise.
Jusqu’à présent nous n’avons pas été les seuls à nous inquiéter auprès de Monsieur le Préfet du sort de notre élève et de celui de ses camarades qui l’ont vu disparaître de l’enceinte du lycée : des députés, des maires, des candidats aux élections municipales et cantonales et une pétition a récolté plus de 4000 signature en 3 jours.
Un rendez-vous a été prévu :
Mercredi 12 mars
à 13 heures Rassemblement devant la préfecture de Beauregard.
à 14 heures Manifestation vers le centre ville (en passant par le rectorat)
Et nous appelons solennellement l’ensemble de nos collègues des autres établissements du bassin rennais et d’ailleurs à nous rejoindre car nous avons cruellement besoin de soutien pour amplifier la mobilisation.
La situation que vit actuellement la communauté de Basch pourrait survenir dans d’autres établissements.
Nous devons nous réunir pour éviter cela.
La communauté éducative du lycée Victor et Hélène Basch
