Intervention de Sylvain Dajoux au Conseil municipal de Rennes du 4 mai 2009
Monsieur le Maire,
Cher(e)s Collègues,
La délibération présentée ce soir par notre collègue Honoré Puil est l’occasion pour nous d’intervenir dans un débat relancé depuis peu, tant au niveau national qu’au niveau local : celui du repos dominical.
Ainsi, le Ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville, Brice Hortefeux a annoncé, le dimanche 26 avril, qu’une nouvelle proposition de loi sur le travail du dimanche “sera déposée dans les toutes prochaines semaines” et “débattue en juillet” par le Parlement. M. Hortefeux a jugé nécessaire qu’il soit possible de faire ses courses “dans tous les commerces de détail” dans “les zones touristiques et thermales”, ainsi que dans certaines “grandes agglomérations”.
En parallèle, le gérant du Super U de la rue de Brest à Rennes, devenu pour le coup U express, a décidé, début avril, de profiter de dispositions juridiques pour ouvrir le dimanche son enseigne.
Cette décision remet en cause, ainsi que notre collègue Honoré Puil et Monsieur le Maire l’ont déjà rappelé publiquement, une concertation, un travail exemplaires, fertiles, entre élus et représentants du monde du Commerce, mis en place depuis plus de quinze ans, et qui, au travers de la Charte d’Urbanisme Commercial du Pays de Rennes, a démontré sa pertinence, tant pour les habitants que pour le développement commercial en centre-ville comme dans les différents quartiers de notre ville.
Mais plus généralement, nous voulons ce soir redire les dangers que font peser pour notre ville, pour notre société de telles initiatives. Ces dangers sont de plusieurs ordres qu’il convient de rappeler.
D’un point de vue économique pour commencer.
* Qui peut sérieusement croire que le chiffre d’affaire des enseignes ouvrant le dimanche augmentera ? Les dépenses des ménages, déjà soumis à une baisse de leur pouvoir d’achat, ne fera qu’au mieux s’étaler sur sept jours plutôt que sur cinq ou six (ce que l’on dépensera le dimanche sera ce que l’on n’aura pas dépensé le reste de la semaine). Or, on sait que le travail le dimanche conduit à des majorations de salaire, toutes les études montrent qu’une ouverture le dimanche coûte environ trois fois plus chère que pour les autres jours. Qui paiera donc ce surcoût ? A n’en pas douter, ce sera une nouvelle fois le consommateur.
* Et si d’aventure, le chiffre d’affaires devait augmenter un peu, cela se fera au profit des moyennes ou grandes surfaces qui, de par les réseaux de franchises, vont pouvoir lisser les surcoûts et venir concurrencer les petits commerçants, qui, ne bénéficiant pas des mêmes armes, seront confrontés à de nouvelles difficultés, voire au risque de disparition.
Il se pose également une question d’urbanisme et de vivre ensemble.
* Quelle ville voulons-nous ? Un centre-ville, des quartiers sans commerces ? Une ville où la culture du chariot va supplanter le temps des loisirs ? En ce qui nous concerne, la réponse est claire. Autant nous nous sommes récemment félicités de l’offre que constitue l’ouverture le dimanche des Champs Libres, autant nous considérons inopportun l’ouverture le dimanche des commerces.
* Ainsi, une nouvelle fois la question est posée de savoir si l’économie est au service de l’Homme ou l’Homme à celui de l’économie. L’ouverture de quelques enseignes, la proposition de loi évoquée par Brice Hortefeux font peser le risque d’une dégradation généralisée dans les activités commerciales. De plus, si l’activité commerciale devient dense le dimanche, les salariés concernés nous solliciterons légitimement pour l’ouverture des crèches ou les dessertes en transport en commun le dimanche. Et bientôt se posera aussi la question de l’accès le dimanche aux services des professions libérales, des administrations. Au final, ouvrir les commerces le dimanche, c’est ouvrir une boîte de Pandore qui conduira à la généralisation du travail dominical.
Et que dire de la précarisation des salariés.
* Les défenseurs de l’ouverture le dimanche se justifient en arguant de salariés prêts à travailler ce jour pour « gagner plus », voire d’étudiants qui trouveraient là une opportunité de financer leurs études. La vérité est qu’il ne suffit pas soi-disant de “vouloir” pour être libre. Il faut plutôt se demander pourquoi le travail ne protège plus de la pauvreté, pourquoi un étudiant a besoin de travailler pour payer ses études ?
* Le gouvernement rappelle également que seule prévaudra la règle du volontariat. Comment croire à cela alors que le contrat qui lie le salarié a l’employeur est dissymétrique : le salarié est toujours subordonné à son employeur… et encore davantage en période de crise. Quel salarié osera refuser de travailler le dimanche quand son employeur le lui demandera ?
* Les exemples des Etats-Unis et du Brésil sont en outre éloquents : après avoir épuisé les gains de concurrence liés à l’ouverture du dimanche, les grandes enseignes ouvrent désormais la nuit et ont instauré les 3×8 pour le personnel.
Nous parlions en préambule d’un choix de société… Et cela en est un !
Il est nécessaire de rappeler qu’un repos hebdomadaire ne suffit pas, c’est un repos commun qui est nécessaire. La loi de 1906 instaurant le repos dominical concourt à préserver la vie familiale, associative, sportive et culturelle.
En décembre dernier, Xavier Bertrand, alors Ministre du Travail, et aujourd’hui Secrétaire général de l’UMP, déclarait, non sans mépris, à l’Assemblée Nationale que la lutte pour le repos dominical relevait de « la sauvegarde du droit au bonheur des tournois de belote, de fléchettes ou des concours de majorettes ».
En conclusion, nous sommes fiers, par nos prises de position, de défendre cette “sauvegarde du droit au bonheur”. En effet, le vivre ensemble, c’est la possibilité de temps collectifs qui sont fondamentaux.
Source/auteur : http://www.delairagauche.net/?p=388