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Les syndicats révolutionnaires de Turquie solidaires des Kurdes

jeudi 30 mai 2013

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La délégation des Amitiés kurdes de Bretagne avait, avant de participer à la manifestation du 1er Mai à Diyarbakir, rencontré six représentants de l’organisation syndicale KESK (Kamu Emekcileri Sendikalari Konfederasyonu), (Confédération des syndicats de la fonction publique) parmi lesquels Medeni Alpkaya, président du syndicat des employés de mairie et fonctionnaires d’Etat (Tüm bel-sen), qu’accompagnait un représentant de DISK (Devrimci İşçi Sendikaları Konfederasyonu) (Confédération des syndicats révolutionnaires). Rappelons brièvement que les confédérations KESK et DISK que nous avons déjà présentées dans nos colonnes, présentes sur l’ensemble du territoire de la Turquie, et au Kurdistan bien entendu, est membre de la CES (Confédération européenne des Syndicats). DISK est implanté dans toutes les entreprises, petites, moyennes et grandes, du secteur privé. KESK est implanté dans la fonction publique nationale et territoriale. KESK et DISK sont très solidaires dans leur lutte syndicale.

La répression n’épargne pas les syndicalistes

Les syndicalistes sont poursuivis, au même titre que les avocats, les journalistes, les militants politiques et associatifs au motif d’appartenance ou de complicité avec des organisations « terroristes ». Les prisons contiennent au moins 72 responsables syndicaux (110 selon d’autres sources). Avant le coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980, DISK syndiquait 80% des salariés mais la répression avec son cortège d’arrestations, d’emprisonnements, de disparitions, de tortures, de condamnations à de lourdes peines, a touché nombre de ses dirigeants et militants. Pour autant, DISK représente aujourd’hui 20% des salariés syndiqués. KESK, quant à lui, qui se situe nettement à gauche, n’est pas le seul syndicat dans la fonction publique et territoriale qui compte deux autres organisations syndicales représentatives : Memur-Sen (Syndicat des Fonctionnaires) qui est proche du gouvernement et Turkiye Kamu-sen (Syndicat de la Fonction Publique Turque) qui est proche de l’extrême droite.

L’adhésion au processus de paix passe par un changement de la législation sur les droits syndicaux

L’appel d’Abdullah Öcalan suscite un espoir partagé par les syndicats KESK et DISK qui notent que 60 à 70% de personnes interrogées en Turquie sont favorables au processus de paix. Ils soulignent que la lutte syndicale menée depuis 1980 a contribué à faire mûrir les esprits et qu’on ne peut séparer aujourd’hui lutte syndicale et lutte politique. C’est pourquoi ils veulent inclure dans les négociations un changement radical de la législation sur les droits syndicaux : ils réclament notamment le droit sans restriction de se syndiquer, le respect du droit de grève, des nouveaux droits pour les travailleurs garantis par des conventions collectives et des accords d’entreprise.
Ils veulent combattre une certaine organisation du travail qui favorise les contrats courts et l’intérim. Ces types de contrats mettent en échec la syndicalisation et portent souvent atteinte aux conditions de travail et à la vie de ces travailleurs. Ils réclament aussi des droits, aujourd’hui inexistants, protégeant les salariés des licenciements.

KESK et DISK exigent également la modification radicale de la législation concernant les droits des organisations syndicales pour la défense des travailleurs. Il faut dire ici que la défense des travailleurs est un immense chantier et que les craintes sont justifiées : la nouvelle législation en cours d’élaboration va restreindre encore plus les droits d’expression et d’organisation des syndicats qui, par exemple, ne pourront recourir, en cas de conflit ou dans le cadre de négociation, à aucune aide extérieure à la branche. Ce dispositif sera encore renforcé par l’instauration d’un seuil de représentativité obligatoire qui aggrave la restriction de défense des travailleurs ; ainsi 20% des salariés seulement auront la possibilité de choisir l’un des syndicats dans leurs branches d’activité respectives qui les représenteront dans les négociations collectives. Il s’agit donc bien pour ces deux confédérations de contribuer au combat pour la démocratie en demandant le respect des droits des travailleurs dans leur diversité.

« La législation actuelle sur les syndicats est une atteinte majeure aux droits élémentaires, diront en chœur les représentants syndicaux KESK et DISK. Elle est en contradiction avec les règles de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) à laquelle adhère la Turquie. Elle ne permet ni l’expression libre, ni la défense et encore moins le respect des droits des travailleurs dans et hors de l’entreprise et dans la société en général. »

Reconnaissance de l’identité kurde et nouveaux droits syndicaux

La Turquie affiche aujourd’hui un taux de croissance qui la différentie de nombre de pays européens. Ces résultats, confisqués par quelques uns, doivent faire l’objet de négociations pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. En même temps que la répartition des richesses, KESK et DISK défendent la reconnaissance politique de l’identité kurde et la garantie du droit d’expression pour toutes les minorités. La langue kurde doit pouvoir, au même titre que la langue turque, être parlée, enseignée et utilisée dans les services publics. Öcalan doit pouvoir participer, libre, à la rédaction d’une nouvelle Constitution.

Un accord, passé par KESK avec les collectivités locales où le BDP (Parti de la paix et de la démocratie) est majoritaire, est éclairant sur la volonté des partenaires à s’inscrire dans une nouvelle démarche : des droits spécifiques, - avec des compensations salariales pour les interruptions de contrat -, s’appliquent désormais au personnel intérimaire en particulier sur les temps minimum d’intérim, les délais d’information sur la date d’arrêt du contrat et le nombre de contrats possibles dans une même activité et sur un même lieu de travail. Cet accord, intervenu pour la première fois avec la Municipalité de Diyarbakir et étendu à l’ensemble des collectivités dépendant de la circonscription est maintenant repris par l’ensemble des collectivités détenues par le BDP. Ce sont ainsi quelques 300 000 employé(e)s et ouvriers qui sont concernés par cet accord.

Michel Besnard
André Métayer
Photo L. Boursier
(Medeni Alpkaya, président de Tüm bel-sen, à la fête du 1° mai)

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