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Les soutiers des Chantiers de l’Atlantique.

mardi 29 août 2006

Les soutiers des Chantiers de l’Atlantique

Rapport accablant sur les conditions de travail dans la sous-traitance, à Saint-Nazaire.

Par Nicolas de LA CASINIERE

QUOTIDIEN : Mardi 18 juillet 2006 - 06:00

Nantes correspondance

Les abus de la sous-traitance sont sur le bureau du procureur de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) depuis quelques jours. Un dossier épais de dix centimètres recèle tous les procès verbaux qui peuvent valoir un bon paquet d’ennuis à 18 entreprises, françaises, hollandaises, polonaises, portugaises et allemandes, épinglées au pied des paquebots en construction aux Chantiers de l’Atlantique. Après plusieurs mois de travail, la descente de la direction du travail, le 9 février, a fini par démontrer la permanence des embrouilles pour faire baisser les coûts de production, au mépris du droit du travail. Quarante-cinq infractions ont été retenues : délits de marchandage et prêts de main-d’oeuvre illicite, heures sup escamotées, infractions au Smic, voire travail dissimulé quand aucun contrat de travail n’existait...

Imbroglio.

Ce 9 février, l’effet de surprise a été total : il a fallu trois quarts d’heure à la direction des Chantiers pour découvrir l’irruption des contrôleurs. Préparée pendant quatre mois, la descente a duré trois heures, mobilisé 43 agents de la direction départementale du travail. Ces derniers ont interrogé plus de la moitié des métallos présents dans les navires en voie d’achèvement. Soit quatorze nationalités différentes. Les « pays à bas coût de main-d’oeuvre », comme disent les économistes, sont les petites mains de ces paquebots « made in France ». Avec les besoins de traduction et les imbroglios sur le droit applicable, il a fallu maintenir vingt inspecteurs sur le pied de guerre pendant cinq autres mois pour démêler et recouper les situations souvent complexes, demander des explications aux patrons de boîtes souvent étrangères, intervenant directement ou indirectement pour des sociétés françaises, elles-mêmes sous-traitantes.

Contraintes de se justifier, les sociétés ont souvent préféré jouer l’obstruction, en produisant des documents falsifiés, blanchis, voire refusant délibérément de communiquer le moindre papier. Ce faisant, par pure stratégie défensive bien calculée, elles ont préféré risquer le seul délit d’obstacle, qui encourt des sanctions judiciaires moindres, plutôt que de risquer une condamnation pour non-respect du droit du travail.

Sur le site de Saint-Nazaire, qui a connu jusqu’à 800 entreprises sous-traitantes en même temps, et où de multiples grèves ont révélé des abus récurrents, les contrôleurs ont ciblé les entrées du chantier, les ponts des cinq navires en construction. Dans certaines entreprises, les salariés triment plus de 50 heures, voire 60 heures par semaine, sans qu’on leur paye la moindre heure sup, même si les documents officiels s’approchent des 35 heures légales. Parfois, aucune feuille de pointage n’est produite. L’escouade de contrôleurs n’a vu ce jour-là personne détaler comme des lapins, mais il est déjà arrivé que des salariés soient sommés de se cacher pour échapper aux investigations des autorités.

« Cette action a pour but de démonter le mécanisme, montrer l’envers du décor, et quelle que soit l’issue des poursuites, donner un coup d’arrêt aux dérives d’une sous-traitance qui tend à se généraliser », dit Guy Oger, directeur départemental du travail.

Myriade.

Il espère aussi que le dernier chantier français sera plus exigeant. Jusqu’à présent Alstom Marine, se bornait à assurer que ses relations avec ses sous-traitants de rang 1 (c’est-à-dire tous ceux qui travaillent directement avec elle) respectaient scrupuleusement le droit du travail. Mais pour la cascade de sous-contrats qui faisaient travailler une myriade de PME, les Chantiers préféraient se défausser sur la responsabilité des sous-traitants, affirmant que les irrégularités étaient le fait de brebis galeuses, minoritaires et aussitôt exclues. Pour Guy Oger, le récent repreneur des Chantiers de l’Atlantique, le Norvégien Aker Yard, « devra se préoccuper des dérives constatées sous le rang 1. C’est l’ensemble du système qui doit être moralisé ». Le sujet reste toujours d’actualité : la semaine dernière, 21 peintres d’un sous-traitant polonais de rang 2 étaient en grève sur le site naval réclamant deux à trois mois de salaires impayés.

http://www.liberation.fr/actualite/...

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