Les sales travaux d’Apple

lundi 28 août 2006

Horaires abusifs, dortoirs surpeuplés : la fabrication de l’iPod en Chine fait polémique.
Les sales travaux d’Apple
Par Laurent MAURIAC
QUOTIDIEN : Samedi 26 août 2006 - 06:00
New York de notre correspondant

Apple aime volontiers parler des nouvelles fonctions de l’iPod. Mais lorsqu’il s’agit de savoir comment ses baladeurs numériques sont fabriqués dans les usines de ses fournisseurs en Chine et sous quel contrôle, c’est silence radio. Steve Dowling, le directeur de la communication, se contente de répéter une phrase toute faite : « Notre enquête sur notre principal partenaire pour la fabrication de l’iPod montre qu’il se conforme dans la plupart des domaines à notre code de conduite. Nous avons pris les mesures nécessaires pour corriger les violations que nous avons trouvées. »

C’est un reportage intitulé « iPod City », publié le 11 juin par le Mail on Sunday, qui a déclenché l’enquête. Selon le journal, l’immense usine du sous-traitant Foxconn (lire ci-contre) emploie 200 000 salariés (dont 30 000 fabriquent des iPod) qui travaillent 15 heures par jour, sont payés 50 dollars par mois et vivent, pour certains, dans des dortoirs de 100 personnes. L’article donne une image aux antipodes de celle que la firme cherche à projeter, mêlant progrès technologique et humain (Gandhi ou Picasso mis en scène dans les pubs). Le prix de l’iPod (325 dollars pour la version 30 Go) ne laisse en rien supposer de telles conditions de fabrication.

Limite. Sous la pression, Apple envoie sur place des employés de plusieurs services (ressources humaines, juridique et production). Et publie, le 17 août, un court document (1) qui décrit des conditions de travail généralement en conformité avec son code de conduite des fournisseurs (édicté en 2005), mais signale plusieurs dérapages. Il s’avère notamment que « les employés travaillent plus d’heures que ce qui est autorisé ». La limite de 60 heures par semaine est dépassée dans 35 % des cas et les employés travaillent plus de six jours consécutifs dans 25 % des cas. Apple a donc demandé à son sous-traitant Foxconn de se mettre en conformité. Et fait appel à Verité, une agence indépendante spécialisée dans le contrôle social des entreprises. Foxconn était-il contrôlé auparavant ? « Je ne peux pas vous le dire », répond Dowling. La consigne a été transmise à Verité. « Je ne peux faire aucun commentaire sur notre relation avec Apple », explique son directeur, Dan Viederman.

Droits. Pourtant, plusieurs questions restent en suspens. « Pour être efficaces, les rapports de contrôle doivent être rendus publics, observe Carole Pier, de l’association Human Rights Watch. Ils ne doivent pas se contenter d’émettre des recommandations, mais prévoir des procédures précises pour leur application et leur suivi. » Elle insiste aussi sur la question de la liberté syndicale. Le code de conduite d’Apple stipule que ses fournisseurs doivent respecter le droit d’association « en accord avec les lois locales ». Dans un pays comme la Chine, où les lois ne l’autorisent pas, les entreprises peuvent au moins « accrocher sur les murs les droits prévus par l’Organisation internationale du travail, à laquelle la Chine est adhérente », plaide-t-elle. Et « ne pas interférer avec les efforts des employés pour les exercer ».

Apple compte-t-il publier les conclusions de Verité ? « Je ne peux rien vous dire de plus que le rapport que nous venons de publier », répond Dowling.

(1) site à visiter : www.apple.com

http://www.liberation.fr/actualite/... © Libération

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