Projet de réforme de l’université de Rennes II :
« Pour une université démocratique et populaire »
soumis au jugement des étudiants par référendum les 6, 7 et 8 mars 2007,
sur le campus de Villejean, Rennes II.
Introduction
L’approche des échéances électorales nous semble être le moment opportun pour soulever une question incontournable : celle du lien entre enseignement et démocratie. Tous les regards sont aujourd’hui invités à se tourner vers l’affrontement télévisuel de deux candidats, faisant ainsi passer les questions politiques, qui appartiennent à tous, au second plan. Mais pour qu’un processus électoral constitue un moment démocratique, il est indispensable que les candidats se fassent, autant que possible, simples porte-parole de positions politiques qui ne peuvent réellement s’affirmer que dans les délibérations publiques des citoyens, nécessaire préalable à tout acte d’élection ou de délégation. L’exigence démocratique ne s’affirme pas dans le sondage, la consultation, le temps de parole symboliquement consenti en guise de caution « participative », mais dans la parole prise, et gardée. Dans la parole qui exige de se traduire en actes.
Quand les institutions, comme c’est le cas aujourd’hui, oublient leur raison d’être qui est de favoriser cette prise de parole et de décision par tous sur l’ensemble des aspects de la vie collective, il devient nécessaire et urgent que quiconque estimant que le gouvernement, au nom d’une idée usurpée de la démocratie, accapare tous les leviers de la puissance publique, vienne rappeler à tous qu’il n’y a de démocratie que dans le gouvernement du peuple : quand celui-ci élabore librement les institutions et les lois. Ainsi est-il du ressort de chacun de proposer toute réforme de la vie politique et sociale qui lui paraîtra plus juste que le fonctionnement actuel des institutions, et il est également indispensable que chacun se prononce sur ces propositions. Certains, s’estimant incompétents pour juger de ces questions, s’en remettront aux experts en place. Mais il n’y a pas d’expert neutre, il n’y en a qu’au service d’une certaine politique, dont le sens, l’esprit doivent être déterminés au sein de la vie et du mouvement démocratique, c’est à dire, par nous mêmes, dès maintenant.
L’université fait l’objet, depuis une vingtaine d’années, comme les autres secteurs de la vie sociale, d’une vaste offensive de restructuration et de libéralisation. Cette entreprise a fait l’objet d’une résistance endémique, depuis la loi Devaquet (1986) jusqu’à la mise en place du LMD (2003). Résistance qui n’a pu enrayer l’adaptation forcée de l’université à un environnement économique progressivement délivré des concessions imposées au patronat par le mouvement ouvrier depuis un siècle. Cette évolution a contribué à incliner la fabrication des savoirs dans le sens de la production de connaissances valorisables sur le marché du travail, et de compétences fonctionnelles à la mainmise toujours accrue du monde de l’entreprise (dont le Medef se veut l’expresssion cohérente) sur tous les aspects de la vie. Aujourd’hui, qu’il est de bon ton de confondre égalité et totalitarisme, est souvent évoquée la nécessité de favoriser une plus grande « autonomie » des universités à l’égard de l’Etat. Mais c’est pour mieux nous vendre la progressive intégration des universités à un environnement économique où sévissent depuis vingt ans des politiques libérales exclusivement favorables au patronat. Ce qui (même pour les libéraux) doit pourtant subsister d’autonomie face aux exigences de rentabilité immédiate est ce sur quoi il s’agit de prendre appui pour refuser la fatalité de cette restructuration qui touche tous les secteurs. C’est ce qui rend possible d’aspirer non plus à l’autonomie de la recherche « pure » au sein d’un environnement économique qui l’oriente et s’en nourrit, mais à une autonomie politique, financière, intellectuelle de l’université, en désaccord, en dissensus avec l’ordre libéral des choses.
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