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Le Progrès Social est-il un journal de « gauche » ?

mardi 13 septembre 2016

Lu dans le numéro 94 du jeudi 1er septembre 2016

Notre avis : Stigmatisation, acculturation... Votre avis :

Burkini : confusion à tous les étages

Le phénomène “burkini” est à ranger dans les faits minuscules qui émaillent la vie de notre société. Néanmoins, selon la méthode de l’exagération du philosophe Gunther Anders, les faits minuscules ont quelquefois une portée qui outrepassent leur apparente futilité. Ce phénomène est à considérer comme tel, en écartant le tapage médiatique qui interdit de réfléchir à sa portée symbolique.

Ce qui est surprenant, c’est cette incroyable dénégation de la réalité. Ce refus de considérer le burkini comme l’expression ostentatoire d’un courant religieux intégriste, énième interprétation de l’Islam. Sous une forme particulièrement gratinée celle-ci, le salafisme. Mouvement pour lequel les femmes n’ont pas le droit, entre autres, d’exposer leur corps.

Un mouvement politico-religieux – il ne s’en cache aucunement – qui entérine la supériorité des hommes sur les femmes, au sens strict, en prohibant jusqu’à leur visibilité dans le domaine public. Une religion – certes dans sa version extrémiste, mais c’est cette version qui gagne du terrain – qui revendique ouvertement le droit à exercer sa prééminence sur des zones de notre République.

Aujourd’hui les plages, demain les cantines, après-demain les programmes scolaires … Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Devant une société française en pleine confusion, entre ceux qui crient « liberté » « liberté » sans s’apercevoir que, ce faisant, ils entrouvrent la porte à une idéologie qui dénie la liberté à tout ce qui n’est pas elle, et les racistes bon teint qui veulent bouter le sarrasin hors de France, l’intransigeance salafiste a de beaux jours devant elle.

Pour les baigneurs en pyjama, costumes, combinaison de planche à voile, ou autre tenue vestimentaire sensée montrer le ridicule de l’interdiction du port du burkini, il suffira d’indiquer que ces tenues ne renvoient à rien, ne véhiculent aucun message, en somme ne signifient rien. En conséquence, les comparer au port d’un burkini est un argument fallacieux.

Essayez de vous baigner avec un maillot de bain floqué d’une croix gammée, on vous accusera – à juste titre – de prôner une idéologie qui dit la supériorité de certaines catégories d’hommes sur d’autres. Et vous serez lourdement condamné. Heureusement. Pour le burkini, excusez du peu, il ne s’agit que de signifier que les femmes doivent obéissance aux hommes et que leur corps ne leur appartient pas. Une peccadille.

Certains objecterons que ces femmes portent le burkini « en toute liberté », que ceci est leur choix. Quelle naïveté et quelle méconnaissance de la pression exercée par toute communauté sur ses membres « déviants ».

Surtout dans des communautés de plus en plus recluses et closes sur elles-mêmes, faute d’ascenseur social ; dans une société occidentale où il devient impossible pour certaines catégories de population d’accéder à un “autrement”, ce qui concerne massivement les plus pauvres. Là où la méritocratie est en panne, le travail réservé à ceux qui « ont du réseau », et la réussite aux seuls qui sont prêts à “se battre comme des lions”, la religion est la consolation qui échoie aux plus fragilisés, soit une majorité grandissante. Ces populations, comme nous tous, sont en proie à un effréné besoin d’identité.

Mais pour eux, l’offre est maigre. L’option du salafisme devient, peu à peu, la plus tentante. Religion, comme bien d’autres, qui prospère sur la misère, la bêtise et le sentiment d’humiliation. Toutes réalités, fruits d’une société où l’injustice est la norme et l’absence de transcendance la marque. Sauf à considérer l’adoration des grandes marques, justement, comme une transcendance. Le degré zéro de la spiritualité.

Comment s’étonner alors du retour, d’abord en tapinois, mais désormais avec assurance, de cet opium du peuple, comme dirait l’autre, qu’est le religieux ; sous des formes dévoyées – consumérisme acharné, prolifération des sectes de tout poil, nombrilisme à outrance –, et maintenant sous des formes beaucoup plus « pures », et donc éminemment dangereuses.

Il n’est pas surprenant que le burkini soit soutenu par de beaux esprits se situant à mille lieux de la vie des femmes qui sont contraintes de le porter. « Contrainte » c’est le mot qui convient, car sans lui, la plage leur serait purement et simplement interdite, par leur mari, leur frère, leur communauté. Ah que la liberté est belle quand elle nous est dictée par un autre ! Ici, le bon vouloir du « sexe fort » sur le « sexe faible ». Evidemment, le burkini en tant que tel, est un problème dérisoire. Il est exposé dans les médias pour masquer les vrais enjeux sociétaux et susciter l’émoi. Vieux stratagème. En effet, qu’aurait-t-on à faire que celui-ci ou celle-là se baigne en slip, nu ou en teeshirt ? Le problème est que le burkini est tout sauf neutre. Il véhicule du sens, et du lourd. Celui d’un mouvement religieux intégriste, rétrograde, et violent là où il devient majoritaire.

Quant aux images de nos grands-mères couvertes de la tête aux pieds, ou des sœurs en cornette trempant tout habillées un orteil dans l’Océan, si la nostalgie vous conduit à souhaiter un retour à des époques où les femmes, ni ne votez, ni ne disposez librement de leur corps… Je vous souhaite un avenir radieux. Versant masculin, bien sûr.

PS – Le roman “Soumission”, de Michel Houellebecq, dessine excellemment ce retour en douceur aux âges sombres.

Yann Picq

www.leprogressocial.fr

Julien Gonthier
Rédacteur en chef - Le Progrès Social
www.leprogressocial.fr
www.facebook.com/leprogressocial/
Tel : 06 30 55 33 56

(Mon avis d’admin : un goût de rance.. et c’est un journal sur abonnement... et sur le site j’ai pas trouvé l’article ?)

(Admin Autre : je l’ai trouvé là https://blogs.mediapart.fr/wittluck...)

3 Messages de forum

  • Bonsoir

    je ne sais pas si le Progrès Social est un journal de gauche, je ne l’ai pas lu.

    Mais cet article ressemble aux thèmes de l’extrême droite !

    Al

    Répondre à ce message

  • Le Progrès Social est-il un journal de gauche ? 16 septembre 19:01, par Barbababa

    Dans le numéro du 10 septembre, un article du journal « progrès social » intitulé « Racisme, religions, progrès social et »progrès social" fait une mise au point des enjeux et une analyse/remise en cause des prises de positions incriminées.

    ça devrait répondre à la question posée.

    A titre personnelle, étant une lectrice mais non contributrice du journal, je trouve que c’est un journal avec des infos intéressantes et les points de vue défendus me conviennent souvent. ce n’est pas le cas ici, mais ça a permis de provoquer un débat au sein du journal et à l’écriture d’un article de fond qui reprend le questionnement autour de l’articulation des enjeux actuels : racisme/sexisme/religion.

    sur ces enjeux, qui prétend avoir la vérité, le bon discours ?
    défendre des valeurs, avoir un esprit critique, oui. dénoncer un article, oui.
    mais attention à la chasse aux sorcières, aux procès, à l’exclusion politique, qui, non plus, ne sont pas « de gauche », si on se dit qu’être « de gauche » c’est penser l’émancipation, l’expérimenter... et en débattre !

    pour ce que j’en dis... voilà !

    Répondre à ce message

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