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La question du pouvoir : Les articulations entre le mouvement social et le politique.

samedi 28 janvier 2006, par rennes info

Quelques éléments issus d’une introduction au débat d’ATTAC Rennes du 3 mars 2005 - Christian Delarue

La politique déçoit, les "affaires" et le jeu des alternances sans autres perspectives que leur reproduction périodique érode l’intérêt des citoyens. Les partis politiques ne recrutent donc plus, les syndicats non plus (pour d’autres raisons). Pour autant l’individualisme ambiant ne saurait masqué que la contestation populaire est là, tantôt masquée, tantôt voyante. Celle-ci s’oppose d’abord . Elle refuse, elle résiste, par procuration souvent . A partir des résistances et des convergences émergent, en de rares circonstances certes, des perspectives alternatives qui posent la "question du pouvoir" . Que doit faire le mouvement social ? le mouvement anti/altermondialiste ? ATTAC ? Doit -il faire des pressions ? du lobbying ? réinventer son rapport au politique ?

I. - Comment réinventer la politique ?

- Une attitude : Voici un propos de Jean-Marie HARRIBEY (1) qui aurait pu guider une de nos réflexions apparue lors du débat du 3 mars sur les articulations entre le mouvement social et le politique : " N’ayons pas peur du politique parce que c’est le lieu du pouvoir. Si nous croyons en la capacité des humains de maîtriser leur destin, alors réinventer la politique signifie bâtir de nouveaux lieux et organes de pouvoirs."

- Des questions ? Que fait-on des lieux de pouvoir ou le citoyen ordinaire est quasiment exclu ? Faut-il se résigner à ne prendre que les "pouvoirs périphériques", ceux laissés libres par les élites et dirigeants politiques ou économiques ?

- La réponse mouvementiste. Pour certains, le mouvement alter-mondialiste ne saurait que construire des "contre-pouvoirs" . Il est exact qu’il n’a pas vocation à se transformer en machine de conquête du pouvoir politique . Il lutte en résistance au sein des rapports sociaux qui clivent la société civile et pour les plus modérés il oeuvre en "complément" de l’Etat et du marché dans la "société civile" . Cette option se méfie à juste titre de la capacité d’intégration "gestionnaire" du pouvoir institutionnalisé ou du caractère corrupteur du pouvoir mais du coup laisse entier et hors d’atteinte la question du pouvoir qu’il s’agisse du pouvoir politique et principalement le pouvoir d’Etat ou qu’il s’agisse du pouvoir dans l’entreprise , la propriété et la gestion du capital .

- Refuser d’être un parti pour ATTAC ne signifie pas ne pas peser pour le changement de société aux côtés des partis. Car l’ option "mouvementiste" telle que décrite s’inscrit dans une division du travail qui laisse la tâche du gouvernement des hommes et de l’administration des choses aux seuls dirigeants politiques et s’agissant de la conquête du pouvoir aux seuls partis politiques, chacun se concevant bien sûr alors comme seul "débouché". En somme chacun à sa place .Ce qui n’est pas faux mais ne doit pas être théorisé comme une absence d’action contre les gouvernements et les partis pour qu’ils travaillent aux changements à tous les niveaux . Il faut inciter les citoyens à s’engager politiquement et syndicalement. Il est important de savoir travailler avec eux mais en toute indépendance.

- S’agissant du pouvoir d’Etat, on distingue classiquement la politique du politique. La politique politicienne se ramène aux questions de gestion (d’agenda, d’ordre du jour, de communication...) et aux manoeuvres tactiques alors que le politique a tait aux grandes décisions, aux choix de société, aux stratégies de changement . La politique est le lieu des transitions, des passages d’une situation à une autre. Il convient de réhabiliter cet objet politique et e stimuler l’intérêt citoyen qui lui correspond .

Les partis politiques en sont aussi les médiateurs de même que les citoyens, les médias, les mécanismes électoraux...et certaines associations qui animent le débat sur les questions de société . Mais tous ne sont pas placé sur le même plan . C’est le politique fait le lien . Il y a un enjeu de partage-confrontation entre partis, associations et citoyen sur ce champ social et politique .

On voit en 2005 qu’ATTAC ou la Fondation Copernic et les citoyens avec d’autres acteurs syndicaux et politiques interviennent bien de façon sérieuse et critique dans le débat biaisé sur le projet de traité constitutionnel européen et ce en complète opposition de la pluspart des médias dominants qui non seulement tiennent un discours conformiste et soporifique mais empêche la confrontation égalitire des points de vues.

II. - Comment s’attaquer au coeur du système ?

- Disposer d’une certaine vision globale du monde : Pour JM Harribey toujours, "les conditions matérielles, objectives sont réunies pour que la prise de conscience et la mobilisation sociales atteignent le système en son coeur : la critique radicale de la logique de l’accumulation du capital, ie du profit, et pas seulement, la critique de la régulation ultralibérale du système que nous connaissons depuis près de 30 ans".

- Se souvenir des batailles récentes : L’expérience de mai-juin 2003 qui a vu les syndicats refuser la grève générale et donc la constitution du rapport de force nécessaire pour l’aboutissement des revendications montre que le mouvement social ne peut se cantoner à une stratégie autolimitée de négociation, quasiment conçue pour que le MEDEF ne perde pas l’essentiel. Seul le rapport de force menè jusqu’à la délégitimation et l’affaiblissement du MEDEF et du gouvernement permet la satisfaction des revendications des salariés et de l’immense majorité de la population.

- Prendre ne compte le niveau de l’entreprise :Les arguments pour le maintien de la séparation des pouvoirs seront portés par les syndicats se méfiant de la cogestion et forts soucieux d’indépendance syndicale . Mais la contestation du pouvoir patronal et des actionnaires y est capitale . JP ESCAFFRE distingue les décisions stratégiques des décisions et actes de gestion courante . Le secteur stratégique n’est pas réservé aux managers et autres dirigeants obéïssant aux injonctions des grands actionnaires ; les salariés ont vocation à y imprimer une autre orientation en oppositions aux intér^ts de la finance internationale.

Pour conclure :

Voilà donc des analyses qui montrent l’insuffisance du positionnement stratégique en terme de contre-pouvoirs. Il s’agit, de fait, d’une démarche d’abandon. Pour autant le contenu et les moyens d’accèder à de nouveaux lieux de pouvoir (et/ou de transformer largement ceux existants) à tous les niveaux du global au local ( monde, europe, nation, région, villes, quartiers, entreprises ) est largement à discuter . Aucun niveau ou espace n’est à négliger mais ceux dont les enjeux sont plus déterminants du fait d’un pouvoir décisionnel fort comme la nation ou l’état amène à une critique plus sévère des conceptions qui acceptent une pseudo-coupure stricte entre local et global ou entre société civile et Etat et entérine ainsi la base injuste de ce monde.

Ce que l’on peut dire aujourd’hui c’est que face aux "gouvernances bureaucratiques" la question démocratique se pose fortement à tous les niveaux, à tous les étages des intitutions tant politiques (pour les citoyens) qu’économiques (pour les salariés et leurs syndicats). Et là, deux notions complémentaires font leur chemin : la propriété sociale des biens publics mondiaux et des outils de développement (infrastructures diverses) et le contrôle des travailleurs et citoyens. La démocratie est un vaste chantier !

(1) Divagation théorique, Digression politique, Débridage du neurone - Eléments d’analyse du mouvementanti/alter-mondialiste 22 nov 2003

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