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La 5e édition française des Big Brother Awards

lundi 25 juillet 2005

Big Brother Awards

Paris, 26 janvier 2005 — La 5e édition française des Big Brother Awards s’est clôturée le 21 janvier 2005, jour anniversaire de la mort de George Orwell il y a 55 ans, par une cérémonie qui a récompensé les meilleurs ambassadeurs 2004 de la société de surveillance.

Cérémonie durant laquelle le jury de dix personnalités réunipar Privacy International a pu dévoiler publiquement les gagnants dans six catégories, désignant les pires politiciens, projets, entreprises ou pouvoirs locaux ayant porté atteinte aux libertés individuelles ou collectives. Pourtant dument informés par fax la veille, les primés ont, comme chaque année, brillé par leur absence.

Le nouvel « Orwell Novlang », attribué au consortium d’industriels de l’électronique GIXEL qui, pour garantir la croissance et l’emploi dans sa filière préconise d’éduquer la population aux bienfaits du pistage numérique « dès la maternelle », a été très apprécié. Très applaudis aussi, les deux lauréats ex-aequo du Prix Voltaire de la Vigilance, à savoir le syndicaliste marseillais Charles Hoareau et le Collectif C-Sur de Calais.

Première distinction du genre, l’Orwell Novlang - désignant les pires discours de manipulation induisant chez les citoyens l’acceptation d’être surveillé - est revenu à un consortium d’industriels de l’électronique, le GIXEL, qui a écrit un « Livre Bleu » demandant aux pouvoirs publics de mieux « éduquer » les jeunes âmes au bienfaits du pistage numérique et notamment de la biométrie.

Le détail de chaque primé apparaît ci-après. Rappel : tous les éléments à charge retenus contre la trentaine de candidats sélectionnés sont archivés ici : bigbrothers

1. Orwell Etat & élus :

La « pire personnalité politique de l’année » est le député UMP de la Loire Pacal Clément, épaulé par ses collègues Léonard et Fenech . Tous trois plaident pour le placement sous bracelet électronique GPS de certains condamnés ayant déjà purgé leur peine. Comme si une « balise Argos » permanente pouvait dissuader ou empêcher la récidive des agressions sexuelles ou des incendies volontaires. Parallèlement à cet Orwell 2004, le jury a tenu à décerner un « Prix Spécial » à Philippe Douste-Blazy, ministre ET médecin, principal instigateur du « Dossier médical personnel » (DMP). Déjà rebaptisé « Dossier médical piratable », le DMP menace gravement la confidentialité des données de santé de tous les citoyens.

2. Orwell Entreprises

L’entreprise aux technologies les plus intrusives en 2004 est Visiowave SA (filiale de TF1), sous-traitant de luxe d’un récent contrat passé entre le groupe Thales (Orwell 2003) et la RATP (Orwell 2001). Cette société spécialisée dans la numérisation des images met en avant ses « systèmes experts » pour détecter de soi-disant « comportements suspects » ou « anormaux » dasn les centralkes de vidéo-surveilance qu’elle vend aux sociétés de transports publics. Le jury a été particulièrement sensible au fait que Visiowave sait aussi attirer le chaland sur les futurs débouchés des écrans de contrôle instalées dans le bus et les rames de métro : la diffusion de publicité et de publi-reportages pour encore mieux asservir les « cerveaux disponibles » chers à Patrick Le Lay.

3. Orwell Localités

Le pouvoir local le plus liberticide de l’année se trouve, selon le jury des BBA 2004, dans la Marne (51) où le président du Conseil général René-Paul Savary - avec la complicité du maire de Vitry-le-François Michel a pris soin de mettre en fiche, depuis 2003 et sans autorisation légale, toute personne ayant rencontré un travailleur social pour y recenser leurs « difficultés » diverses et variées. Les personnes précaires sont ainsi pris comme cobayes du vaste quadrillage de la population que nous prépare l’actuel ministre de l’Intérieur Dominique de Villepin, qui doit nous resservir cette année la loi de « prévention de la délinquance » concoctée par son prédecesseur Nicolas Sarkozy. A noter que l’an dernier, le Prix Voltaire est revenu aux travailleurs sociaux de Savoie et Haute-Savoie, qui se sont élevés les premiers contre l’esprit de « délation » qui va s’instaurer entre éducateurs et leur employeur.

4. Orwell Europe

Après la menace locale, le « projet global » de l’Union européenne le plus intrusif : il est revenu au projet de doter nos futurs passeports de deux identifiants biométriques. Si la question hautement sensible - la création d’une base de données centralisée - a pour l’instant été rejetée, en revanche l’ajout d’un 2e identifiant (l’empreinte digitale en plus du visage numérisé) a été avalisé fin 2004. C’est le Conseil JAI (ministres de l’intérieur et de la justice) de l’UE, poussé par quatre pays dont la France, qui se voit ainsi « récompensé ».

5. Orwell Novlang

Le discours le plus manipulateur est revenu au GIXEL, un groupement d’industriels spécialisé dans les composants et les matériels électroniques. Dans un « Livre Bleu » (paru en 2004) à la franchise hallucitante, ces fins stratèges ont fait des propositions pour doper leur secteur. Mais comme « la sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles (...) il faut donc [les] faire accepter par la population », et ce dès « le plus jeune âge »... Au point d’évoquer le contrôle biométrique dans les écoles même pour « manger à la cantine ». (Un tel dispositif a valu le Prix Orwell Localités 2003 à deux écoles privées d’Angers.) Le consortium TCG, qui prone une informarique soi-disant « de confiance », s’est fait coiffer sur le poteau par le GIXEL dans cette catégorie. Le jury a été clément pour les maisons de disques (SNEP / SCPP), qui ont poursuivi en 2004 leur acharnement sur les internautes pour soi-disant lutter contre la « piraterie » ; même clémence pour leur complice volontaire et bénévole, l’animateur Ariel Wizman, pour avoir prêté sa voix à un message subliminal digne de « Brazil » pour faire peur aux utilisateurs de logiciels peer-to-peer.

6. Prix Orwell pour l’Ensemble de son oeuvre...

Ce prix de la « menace globale et permanente » est revenu au FNAEG, le fichier national des empreintes génétiques. Cités comme co-responsables, trois ministres apprentis-sorciers - Vailant pour le PS, Sarkozy et Perben pour l’UMP - qui ont progressivement renié les engagements précédents en élargissant l’accès au FNAEG à des personnes désormais simples suspects et pour des délits de droit commun ; auparavant, ce fichier était - juré, craché - destiné uniquement à traquer les criminels sexuels. Le « bracelet GPS » du député Clément fait la même promesse aujourd’hui, ont souligné en choeur les membres du jury...

Prix Voltaire de la Vigilance 2004

Le Jury a souhaité récompenser deux actions exemplaires suite à une délibération serrée (deux ex-aequo). Tout d’abord pour saluer l’action des « délinquants de la solidarité », et notamment deux militants du collectif « C-Sur », de Calais, jugés en août dernier pour aide au séjour d’étrangers en situation irrégulière, et donc victimes des nouvelles dispositions sécuritaires des lois Sarkozy et Perben. Enfin, l’autre Prix Voltaire est revenu à Charles Hoareau, un syndicaliste et chomeur de Marseille qui refuse toujours de se soumettre à un prélevement de salive pour livrer son ADN au fichier FNAEG. Hoareau a spécialement fait le voyage à Paris pour prendre possession de sa précieuse récompense. « Je ne suis pas contre donner ma salive, mais je veux décider moi-même coment je vais la donner », a-t-il ironisé en repensant aux policiers venus reccueillir de force sa signature génétique. Il a salué la démarche des militants de Calais, puisqu’il se souvient qu’à l’origine de cette demande d’inscription au FNAEG, le syndicaliste avait été interpellé à la suite d’une manifestation de soutien à des sans-papiers.

A l’année prochaine, L’équipe des BBA

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