L’argent noir des syndicats

vendredi 23 mai 2008

vendredi 23 mai à 23h20 sur France 3

Des syndicalistes bousculent le train-train de la CGT à la SNCF

La CGT peut s’avérér être un employeur capricieux. C’est notamment le cas dans les Comités d’entreprise de la SNCF, où certains délégués du personnel sont mis sur la touche. France 3 dévoile ce soir quelques pratiques curieuses de la CGT, dans la foulée d’un livre qui provoque quelques remous. Et « Bakchich » vous en dit plus.

« Nous sommes considérés comme des pestiférés ». Willy Pasche a la voix qui tremble en confiant à Bakchich le sort qui est le sien ces derniers mois. Employé au Comité d’établissement de la SNCF pour la région de Lyon depuis 1986, c’est-à-dire les œuvres sociales de la SNCF qui sont pilotées par le syndicat CGT, Willy Pasche est en conflit ouvert avec cet employeur d’un genre particulier.

« D’une famille cégétiste, je n’ai pas eu de problème avec la CGT jusqu’au début des années 2000 » raconte-t-il. En charge des activités sociales (gymnastique, enfants, bibliothèque, accueil, etc) et de certains achats pour le CE, il s’est étonné, à partir de 2004, de certains chèques signés en son nom, qu’il ne voyait pas, ou de quelques acquisitions (comme des ordinateurs) qu’ils estimaient trop coûteuses. Au même moment, il a vu passer une facture d’un fournisseur de bonbonnes d’eau payées par le CE, dont certaines devaient être livrées… à la CGT de Lyon. « J’ai posé des questions sur ces pratiques, mais je n’ai pas eu de réponse » explique Willy Pasche. Avec une collègue, il dépose alors une plainte pénale au tribunal de Lyon, laquelle est toujours en cours d’instruction.

Devenu délégué du personnel Sud-Rail (syndicat bête noire de la CGT) en juin 2005, il est alors en butte à une hostilité croissante de son employeur comme certains de ces pairs. « On veut nous décourager » dit-il. Ces derniers mois, le CE l’a prié de rester dans un bureau isolé sans rien faire, avec deux de ses collègues, qui sont, comme lui, des délégués du personnel élus. Dans l’attente de sa réintégration à la SNCF, Willy Pasche est contraint à l’inactivité et s’estime victime de brimades. L’une de ses collègues fait l’objet d’une procédure de licenciement économique, qui est en cours. Contacté par Bakchich, le secrétaire du CER SNCF Lyon, Claude Miachon (CGT), ne nous a pas répondu. France 3 enquête sur la CGT à la SNCF

Willy Pasche n’est pas le seul à s’étonner des pratiques « sociales » de la CGT vis à vis de certains de ses employés des CE de la SNCF. Dans leur livre « L’argent noir des syndicats », dont Bakchich a déjà parlé, le philosophe Roger Lenglet (voir son blog ici) et les syndicalistes Jean-Luc Touly (ex-élu CGT) et Christophe Mongermont (ancien délégué FO) mettent à jour d’autres bizarreries au sein des CE de la SNCF, véritable fief de la CGT.

Pour prolonger le livre, l’émission Pièces à conviction, qui sera diffusée ce vendredi 23 mai, à 23h20 sur France 3, présentée par Elise Lucet, doit apporter de nouvelles révélations sur le sujet tabou de « l’argent noir des syndicats », notamment sur les pratiques patronales de l’UIMM comme sur celles de la CGT à la SNCF, à travers des documents et des témoignages inédits. On y apprend, par exemple, que d’importants achats de matériel de cuisine ont fait l’objet de factures par des sociétés domiciliées de manière un peu fantaisistes. Le trésorier de la CGT, Michel Doneddu, devrait normalement participer au débat sur le plateau de France 3. Il est probable que la CGT dénonce, dans ces enquêtes, une tentative de déstabilisation. Beaucoup de cadres remerciés et évincés

Mais certains faits mis à jour dans le livre précité soulèvent bien des questions, notamment sur les CE de la SNCF, à Lyon ou ailleurs. Comme ce témoignage de Philippe Chabin, ancien secrétaire CGT du CE du siège de la SNCF, à Paris, qui a été intrigué par de présumées fuites mystérieuses d’argent, sans que la direction de la SNCF ni la CGT, prévenus, ne paraissent s’en inquiéter. Au contraire, Chabin fut bientôt poliment remplacé à son poste… Deux comptables qui se posaient aussi des questions furent également évincés.

Le turn-over semble aussi très élevé parmi les 250 employés du Comité central d’entreprise (CCE), qui gère un imposant budget d’oeuvre sociales, de près de 90 millions d’euros par an. Deux contrôleurs de gestion ont été écartés depuis 2006. « La direction m’a progressivement poussé vers la sortie alors que je ne voulais pas me résoudre à avaliser des aspects discutables de la gestion » raconte l’un d’eux, Antoine Rousseau - qui conteste son licenciement pour « faute grave » devant les prud’hommes -, dans le livre. Les auteurs ont recensé d’autres départs : « tous les postes de cadres au siège du CCE ont été décapités, à l’exception du directeur actuel, entre juin 2003 et janvier 2007 » relèvent-ils.

Problèmes de caractère ? Management contestable ? Le directeur du CCE de la SNCF, Alain Barasz, répond, dans le livre, en évoquant une mobilité normale des cadres et minimise les contentieux en cours. Quant aux critiques sur les choix peu transparents de certains prestataires du CCE, il réplique : « pour les gros marchés, nous procédons à des appels d’offres alors que rien ne nous y oblige ». Circulez, tout va bien. Mais il n’est pas sûr que cela suffise à éteindre toutes les interrogations sur la gestion des œuvres sociales de la SNCF par la puissante CGT…

Source : www.bakchich.info/

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