Sans-abri.
Sans domicile fixe : l’euphémisme désigne aujourd’hui des populations de plus en plus nombreuses et fort différentes, qui ne laissent pas d’inquiéter sur la paupérisation de la société. L’étude inédite du Samu social parisien dont nous rendons compte montre en effet que parmi les SDF parisiens figurent de plus en plus de jeunes, de femmes, et de femmes avec enfants. Même des femmes enceintes sont aujourd’hui à la rue.
Autre phénomène nouveau, qui accentue l’intolérable pénurie de logements sociaux en France : on peut aujourd’hui avoir du travail et être sans logis. On s’est ému récemment du cas de ces dizaines d’agents de la Ville de Paris, des fonctionnaires donc, qui n’ont pas de toit ; mais ils ne sont pas les seuls. Des gens travaillent, qui ne gagnent pas assez pour payer un loyer ou présenter une garantie suffisante : lancée récemment par Jacques Attali sur le modèle des Restos du coeur, l’idée de « Cautions du coeur » n’est pas la plus mauvaise idée. C’est dire l’urgence de la situation face à l’augmentation du nombre de ces nouveaux pauvres.
L’opération « Tentes igloo » de Médecins du monde, critiquée de manière indécente par le gouvernement, met en évidence la grave inadaptation du système d’hébergement actuel, où les naufragés de la rue doivent se trimballer d’un abri à l’autre, sans autre perspective souvent que de s’enfoncer dans la dépression ou l’alcoolisme, en tout cas d’y laisser peu à peu leur santé.
Plantée au coeur de la ville, chaque tente souligne le scandale : objet aussi incongru que visible sur les trottoirs, elle est le toit symbolique qui manque à tous ces invisibles que la société ne parvient plus à cacher.
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