Internet et la campagne référendaire.

lundi 11 juillet 2005

Les opposants au traité européen ont mieux utilisé Internet

LE MONDE 10.07.05

Outre une bataille des urnes, le non au référendum sur le traité constitutionnel européen a aussi gagné celle du Web. C’est ce que révèle une étude sur les sites Internet traitant du référendum, menée par Franck Ghitalla, maître de conférence en sciences de l’information à l’université de technologie (UTC) de Compiègne (Oise), et Guilhem Fouetillou, doctorant à l’UTC.

Partant du constat selon lequel les sites Internet qui abordent les mêmes sujets sont reliés entre eux par des liens hypertexte (il suffit alors d’un clic pour accéder à un autre site), les deux chercheurs ont rapatrié dans une base de données plus de 2,5 millions de pages publiées sur le Web.

Une analyse lexicale détaillée a ensuite permis la sélection de 295 sites effectivement consacrés au débat sur la Constitution européenne. « Un échantillon de taille tout à fait appréhendable, sans commune mesure avec l’explosion des blogs, lors de la dernière campagne présidentielle américaine » , nuance M. Fouetillou.

Premier constat significatif de l’étude, les sites partisans du non (161) devancent largement ceux du oui (79), suivis loin derrière par les sites des grands médias (23), ceux qui ne prennent pas position (17) et ceux des institutions (15).

USAGE ALTERNATIF

Parmi les tenants du non, l’étude recense quelque 74 sites de partis politiques, très majoritairement ancrés à gauche ou à l’extrême gauche (82 %). Les partisans du oui, eux, ne se sont lancés que très timidement sur ce nouveau média.

Et parmi eux, 25 % des sites étaient liés à l’UMP, les 75 % restant étant dominés par la gauche et l’UDF. « Au sens photographique du terme, le Web a agi en négatif des médias traditionnels, servant de tribune à ceux qui s’en sentaient écartés », explique le jeune ingénieur.

L’organisation des liens hypertextes sur les sites des deux camps, établie sous forme de graphiques, est aussi révélatrice : la communauté du non, avec 79 % de liens intracommunautaires, contre 64 % pour les oui, est plus étendue, plus dense et plus fermée. Un site du non propose en moyenne un lien sur cinq vers l’extérieur de la communauté, contre deux pour un site du oui.

Plus ouvert, le camp du oui s’est aussi montré plus « uni », notamment à travers les amisduoui.com et d’ensemblepourleoui.com, véritables sites fédérateurs, sans équivalent chez les partisans du non.

Dans la liste des « sites faisant autorité », établie en fonction du nombre de chemins menant l’internaute à un site, huit des dix premières autorités appartiennent au camp du non. En tête, le site de la fondation Copernic d’Yves Salesses et celui du désormais célèbre Etienne Chouard (Le Monde du 12 et du 31 mai), qui, au plus fort du débat, bénéficiait de 30 000 visites par jour.

Autre indicateur de l’usage alternatif du Web pendant la campagne, excepté le quotidien Libération , ni les journaux ni les chaînes de télévision ne figurent dans le top dix des « sites faisant autorité ». Au contraire, les médias critiques tels que rezo.net ou encore acrimed.fr, figurent en bonne place.

Essentiellement consacrée aux liens hypertexte, l’étude pourrait s’enrichir d’une analyse du contenu des sites. « Nos recherches permettent d’archiver et de stabiliser ce milieu extrêmement plastique qu’est le Web. A terme, ces instantanés pourraient devenir des outils d’interprétation et d’analyse pour des chercheurs en sciences humaines », estime M. Fouetillou.

Marion Souzeau Article paru dans l’édition du 10.07.05

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