Mouloud AOUNIT lors du FSE de Paris St Denis en nov. 2003 et Christian DELARUE tout deux du MRAP
Le racisme est un et indivisible
Synthèse des débats : - Madeleine REBERIOUX
Mouloud Aounit :
Le racisme est un et indivisible. L’histoire a tragiquement montré que toute concession, atermoiement ou faiblesse envers une forme de racisme favorise et alimente toutes les autres. Aujourd’hui, l’islamophobie stigmatise, sous couvert de mise en cause d’une religion, les populations françaises ou étrangères d’origine arabo-musulmane. Le vieux racisme anti-arabe, qui se nourrit en France des souvenirs non assumés des guerres coloniales, prend aujourd’hui le visage de l’islamophobie, mais c’est toujours du racisme qu’il s’agit car les personnes stigmatisées le sont en fait pour leur origine.
Christian Delarue :
Ce n’est donc pas réellement la religion qui est visée par la phobie de l’islam mais l’origine, l’origine arabe surement . Le vieux racisme ne fait donc que prendre le masque de la critique de la religion afin de contourner l’objection de racisme .Mais l’origine, c’est quoi ?
Mouloud A :
La méfiance, la méconnaissance, et la suspicion à l’égard de tout ce qui peut, de près ou de loin, ressembler à un musulman se sont largement développées aux Etats-Unis, « logiquement » après le 11 septembre 2001, avec les répercutions que l’on sait en France et en Europe. C’est dans ce contexte que nous avons observé un autre glissement sémantique de « musulman » et « jeunes » à « terroristes » potentiels.
Christian D :
Donc ce qui suscite l’islamophobie est : "ce qui ressemble de prés ou de loin à un musulman". Mais les musulmans et musulmanes de "mentalité laique" ne se distinguent pas particulièrement des autres, mis à part pour certains la couleur de la peau ou l’intonation de la voix . Ce qui suscite des réactions ce sont alors semble-t-il , le respect de règles vestimentaires provenant d’une interprétation prosélyte de la religion. Dans chaque religion l’on trouve des croyants "sobres" ie de mentalité laique et des croyants d’"affirmation" ostensible de leur croyance. Beaucoup d’antiracistes attachés à la mentalité laique critiquent les comportements proselytes des religions, de toutes les religions. Cette critique n’empêche pas la mise en place de solidarités notamment contre la manipulation contemporaine du "choc des civilisation" qui tend à voir derrière chaque musulman un terroriste.
Mouloud A :
Nous savons bien que certains se revendiquent de la religion musulmane pour véhiculer des thèses qui sont à l’opposé de nos valeurs, qu’il s’agisse du refus de la laïcité des institutions publiques, de la défense de formes de ségrégation communautaristes, ou de la revendication d’un statut particulier des femmes, porteur d’infériorisation et d’oppression à leur encontre. Ces thèses doivent être combattues pour ce qu’elles sont, en refusant tout amalgame, en ce cas, avec la religion musulmane, ce à quoi appelait déjà au 12ème siècle le grand médecin et philosophe « andalus » Averroès. Mener un combat intransigeant contre l’islamophobie ne peut que favoriser notre combat tout aussi intransigeant pour l’égalité des droits sans aucune discrimination ethnique, religieuse ou sexiste.
Christian D :
Je suis d’accord . Les années à venir vous nous permettre de préciser ce qu’est l’islamophobie raciste et de préciser aussi notre refus des intégrismes religieux. La notion de communautarisme de plus en plus employée devra elle être précisée.