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Elf, la pompe Afrique (lecture d’un procès) Un spectacle de et par Nicolas Lambert. mardi 16 mai 2006

vendredi 12 mai 2006

Elf, la pompe Afrique (lecture d’un procès) Un spectacle de et par Nicolas Lambert

Un imbroglio politico-judiciaire raconté par ses protagonistes. Les vraies paroles d’un procès qui nous regarde. Histoire de comprendre...

Le mardi 16 mai 2006 - 20h30 à Bain de Bretagne réservation au 02.99.44.70.38

A l’initiative de l’AVEC Association de vigilance écologique et citoyenne

Toutes les infos sur le spectacle et les dates :

http://charlie.noe.free.fr/

Interview de Nicolas Lambert sur le site Afrik.com :

http://www.afrik.com/article8075.html

De mars à juin 2003, 37 membres de la compagnie pétrolière français Elf comparaissaient devant la Justice française, officiellement pour abus de biens sociaux dépassant les 170 millions d’euros. Plongée au cœur de la Françafrique, la pièce théâtre de Nicolas Lambert, Elf, la Pompe Afrique, reprend, jusqu’au 18 février à Paris, les passages forts du procès scandale de la 5e République. Interview.

Propos recueillis par Valentine Lescot

L’affaire Elf adaptée au théâtre. Adepte d’un théâtre militant, le comédien français Nicolas Lambert, qui a suivi au Palais de Justice à Paris les quatre mois du procès Elf (mars à juin 2003), “ ne voulait pas que ce dossier reste dans un coin ». Pour lui : « Il fallait que les gens sachent ». Il écrit et met alors en scène Elf : la pompe Afrique, la 5e pièce de sa carrière. Il y joue à la fois les prévenus, les juges et les avocats. Un véritable acte citoyen. On rit de l’énormité des combines et des sommes déjouées, tout en ayant conscience de leur gravité. Car avec ça, “ la République aurait pu sauter 20 fois ”. en 2003, Loïc Le Floch-Prigent, président d’Elf de 1989 à 1993, Alfred Sirven, ancien directeur des affaires générales du groupe et André Tarallo, le “ Monsieur Afrique ” de la compagnie, comparaissaient à la barre. Leurs témoignages vont en fait mettre à jour un système de relations cyniques entre l’Etat français et l’Afrique francophone. “ Elf a été créé pour maintenir l’Algérie et les rois nègres dans l’orbite française par le biais du pétrole. Avec les Algériens, ça a capoté. Avec les rois nègres ça se poursuit ”, explique l’ex-président d’Elf au tribunal. Quatre mois d’audience, 37 prévenus mais aucun homme politique.

Afrik.com : Avant d’assister au procès, saviez-vous qu’il existait un système “ françafricain ” ] mis en place par de Gaulle, orchestré par son homme de l’ombre Jacques Foccart et dont le but était que la France garde la main mise sur ses anciennes colonies et continue à exploiter leurs richesses ?

Nicolas Lambert : Non, je ne savais pas. Par exemple, je ne comprenais pas ce que faisait notre armée au Tchad ou en Côte d’ivoire. Le type de liens qu’entretient la France avec ses anciennes colonies me paraissait complètement mystérieux. Ce n’est qu’après avoir assisté au procès que j’ai pu comprendre beaucoup de choses sur le fonctionnement de notre 5e République. Bien que je craigne que ce ne soit qu’un bout de l’iceberg...

Afrik.com : Quelles conclusions avez-vous tirées à la fin du procès ? Quels ont été vos sentiments ?

Nicolas Lambert : De la colère de voir que tout un système (la françafrique, ndlr) était expliqué dans une cour de tribunal, à Paris, sur l’Ile de la cité. Et tout le monde s’en fichait. Là seule conclusion qu’on en a tiré c’est : “ ils s’en sont mis plein les poches ”.

Afrik.com : Alors que cette affaire touche directement le Président de la Réplique actuel et ses prédécesseurs ?

Nicolas Lambert : Oui, même si cela n’a pas été dit clairement pendant le procès. Mais dans son livre (Affaire d’Elf : affaire d’Etat, ndlr), Loïc Le Floch-Prigent explique qu’il a dû refuser de voir la juge Eva Joly sur la demande du Président de la République. Dans le livre qu’a écrit Eva Joly, j’ai été effrayé de voir comment les services secrets français ont cherché en permanence à saboter son travail.

Afrik.com : Vous dites au début de la pièce que les bancs réservés aux journalistes dans la salle d’audience étaient quasiment vides. Pensez-vous que la presse française n’a pas suffisamment couvert le procès ?

Nicolas Lambert : C’est le moins qu’on puisse dire. Pour comprendre une affaire pareille et la faire partager au public, au lecteur, aux téléspectateurs ou aux auditeurs, il faut assister aux audiences et se plonger dans le dossier. Il y avait environ une douzaine de journalistes qui ont suivi les 4 mois du procès. Certains médias ont fait un boulot admirable comme Le Monde, Libération, RFI, Le Parisien et Le Figaro. Mais il y avait peu de journalistes de télévision. Parce que ces grands médias appartiennent aux grands groupes industriels, comme Dassault, Lagardère, et n’ont pas forcément envie que des affaires, telles que celle d’Elf, soient dévoilées. Enfin, il faut se demander quelle place on veut donner à des informations remettant en cause un système politique et financier en France. Aux Etats-Unis, l’affaire du Water Gate (scandale des écoutes du pentagone aux Etats-Unis qui a obligé le Président Richard Nixon à démissionner en 1974, ndlr) était retransmise 7h par jour en direct sur toutes les chaînes de télévision. Autre exemple, l’opération mani pulite a fait imploser l’ensemble des partis politiques italien. Pourtant, les sommes en jeu étaient bien inférieures à celles du scandale Elf.

Afrik.com : Votre spectacle n’est pas subventionné. Est-ce à cause du sujet que vous traitez ?

Nicolas Lambert : Non. C’est un problème de système de financement du théâtre en France, qui est peu favorable aux pièces traitant de l’actualité un peu lointaine (le procès s’est terminé l’été 2003, ndlr). Par ailleurs ce qui séduit les gens et les financiers de la scène française c’est avant tout un théâtre très joli, formel, poétique. Le théâtre citoyen est peu représenté en France, alors qu’il existe en Belgique où s’est joué Rwanda 94, une pièce sur la responsabilité de la Belgique et de la France dans le génocide. En Angleterre un metteur en scène a monté une pièce sur la relation Bush-Blair. Il est étonnant de voir que je n’ai reçu que des journalistes politiques, et pas un seul journaliste culturel. Alors que le théâtre citoyen reste de la culture.

Afrik.com : Quel type de public draine votre pièce ?

Nicolas Lambert : J’ai un public très large socialement et culturellement. Ce qui m’a beaucoup touché. Au début, il était plutôt militant. Les spectateurs africains sont, pour leur part, très touchés de voir que ces problèmes français soient évoqués par un Français.

Afrik.com : Sur quels thèmes allez-vous travailler par la suite ?

Nicolas Lambert : En ce moment ce sont les problèmes liés à la décolonisation qui me préoccupent. Je ne m’explique pas pourquoi on dit “ immigrés ” quand on parle des Maghrébins. Quand on parle des Chinois ont dit les Chinois. Quand il y a des problèmes dans les banlieues, c’est toujours le fait de “ jeunes immigrés ”. Donc pourquoi fait-on une différence entre les personnes venant de nos anciennes colonies et ceux qui viennent d’ailleurs ? Je pense qu’il y a des choses qui ne sont pas digérées parce qu’elles n’ont pas été dites et racontées. Je voudrais aussi me pencher sur le fonctionnement des marchés publics en France ou l’absence d’actes politiques courageux de la part de nos politiciens.

Afrik.com : Vous pensez vraiment, comme vous le concluez dans la pièce, que la 5e République est malade ?

Nicolas Lambert : Oui. L’information est malade, le pays a voté à moins de 40 % lors du premier tour de l’élection présidentielle, et seulement 22 % pour le Président d’aujourd’hui. Je pense que nous ne sommes pas dans un pays qui va bien.

1 Message

  • Nous étions environ 200 personnes hier soir à Bain de Bretagne pour écouter Nicolas Lambert dans un spectacle de 2h30, entrecoupé d’un entracte.
    Malgré la longueur du spectacle, l’ennui ne guette pas, le rire nous entraîne souvent.

    Et pourtant ... et pourtant ... c’est l’écoeurement qui devrait l’emporter !!!
    En effet, la lecture du procès Elf que déroule Nicolas Lambert, nous montre que la 1re entreprise française de l’époque servait à garder le contrôle sur les ex-colonies françaises en Afrique via le financement occulte des présidents / dictateurs « amis de la France », à financer les principaux grands partis politiques français (à gauche comme à droite) et qu’au passage quelques individus (Le Floch Prigent, Sirven, Tarallo ...) ont également prélevé leur « dîme », quelques 200 millions de francs tout de même !!!!

    La nausée arrive lors de la conclusion, lorsque le comédien nous rappelle que ce n’est pas le « système Elf » qui a été jugé mais seulement les dirigeants de l’époque, à la demande de Elf d’ailleurs !, pour détournement d’argent public à des fins personnelles.

    Le fin fond du cynisme est atteint quand on apprend que Philippe Jaffré, successeur de Le Foch Prigent à Elf, s’accordera, à son départ de la société, un « golden parachute » de 220 millions de francs, l’équivalent de l’ensemble des patrimoines des sieurs Le Floch Prigent, Sirven et Tarallo. En toute légalité cette fois bien-sûr !!!!!

    Cette pièce se joue encore à :
    - Quimper - vendredi 19 mai à 20h30 - MJC-MPT de Kerfeunteun
    - Lorient - samedi 20 mai à 21h00 au festival « Accoudés au bord du monde » à l’initiative des Beaux Parleurs, sous la Criée du Port de Pêche.

    Merci de faire circuler l’info.
    Ce spectacle ne reçoit, bien-sûr, pas de subvention :-) et n’a donc pas les moyens de faire beaucoup de publicité, mais en plus certaines salles refusent de l’accueillir !

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