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Dette publique : Rapport Pébereau : la belle affaire pour supprimer encore plus d’emplois ! par Pascal Franchet

mardi 27 décembre 2005

Rapport Pébereau : la belle affaire pour supprimer encore plus d’emplois !

Le ministre Breton a mis en place une commission chargée d’évaluer la dette de l’Etat et de faire des propositions. Le rapport a été rendu public le 15 décembre. Le déferlement médiatique qui a suivi sa publication mérite une réponse. Il se résume en affirmations simples voire simplistes et mensongères mais reste lourd de menaces. Ce rapport sur mesure est un instrument au service de la politique libérale et antisociale du gouvernement. La dramatisation est de mise à propos des 1100 milliards d’euros de la dette. Au passage, on tente d’instiller une culpabilité : les ménages vivraient au dessus de leurs moyens et ils ont une dette. Pire, ils transfèrent sur leurs enfants le fruit d’une mauvaise gestion.

Que dit ce rapport ?

Le constat et les conclusions du rapport peuvent se résumer ainsi :la dette augmente depuis 25 ans, donc il faut réduire les dépenses, le nombre de fonctionnaires et les dépenses sociales. Responsables, d’après le rapport, les dépenses publiques qui seraient inflationnistes.

Il ment par omission !

Dire que le montant de la dette augmente est une évidence mais oublier sciemment la diminution des recettes dans ce processus est malhonnête. Quand il dit que les dépenses augmentent plus vite que les recettes, c’est aussi une évidence. Mais on peut dire les choses autrement : les recettes du budget de l’Etat diminuent plus vite que les dépenses. La part du PIB consacrée aux dépenses de l’Etat est en effet relativement stable depuis 25 ans. Elle était de 23% en 1980 et de 22,8% en 2003 (dernier chiffre connu). Par contre, pour la même période, les recettes de l’Etat ont été revues à la baisse ( 23% du PIB en 1980 et 18,8% en 2003).

Principal responsable de la baisse des recettes de l’Etat, les baisses d’impôts et les cadeaux au patronat. Les gouvernements successifs depuis 1980 ont ainsi fabriqué du déficit en diminuant les recettes.

Faire une chose et vouloir son contraire :

En 2002, le non-regretté Raffarin affirmait vouloir gérer les finances publiques en « bon père de famille et réduire la dette publique ». Sarkozy, actuel ministre du karcher des libertés et bref argentier de l’Etat, affirmait la même chose pour le budget 2005. On estime à 50 milliards d’€ les baisses d’impôts depuis 2002 (l’équivalent d’un an de déficit). Résultat : la dette représentait en 2002 57% du PIB (ensemble des richesses produites), en 2005, elle en représente 66%. Les propositions De Villepin sur l’impôt sur le revenu de 2006 ne vont certainement pas arranger les choses (coût estimé entre 3,5 et 5 Milliards d’euros, bouclier fiscal exclu)

Une action de propagande pour justifier une politique antisociale

La démarche du rapport conduit également à dissimuler le contenu social de la montée de la dette. C’est certes un énorme transfert, mais pas entre générations, comme le prétend une propagande qui cherche à culpabiliser l’ensemble des citoyens, accusés de répercuter sur leurs enfants les conséquences de leur « comportement irresponsable ». Qui paie en effet les 40 milliards d’intérêts par an soit 1 000 € par adulte ? Ce sont les ménages par leurs impôts qui paient les intérêts des obligations du Trésor détenus par ceux là même qui bénéficient le plus des réductions et des baisses d’impôt ? Ces derniers sont gagnants au passage sur les 2 tableaux : baisses d’impôts et intérêts servis. Voilà pourquoi, soit dit en passant, les baisses d’impôts ne relancent pas la consommation puisqu’elles sont aussitôt épargnées.

Une stratégie d’intoxication éculée mais efficace

La tactique fonctionne en deux temps, et c’est le propre de toutes les politiques libérales en Europe, qui ne diffèrent que par le respect du calendrier.

1°) La phase préparatoire consiste à asphyxier les dépenses publiques en baissant les impôts : on crée sciemment du déficit, et la dette augmente. On laisse les choses s’aggraver suffisamment pour entrer dans la phase active.

2°) Quand on considère que l’opinion est mûre, il est alors possible d’avancer ses pions en proposant de réduire les dépenses de l’Etat et de les ajuster sur des recettes en baisse constante, en excluant la solution qui consisterait à refiscaliser les revenus du capital.

Des propositions dangereuses pour l’emploi public

La proposition essentielle du rapport Pébereau est de stabiliser les dépenses « en euros courants » pendant cinq ans. Cela veut dire que le volume des dépenses baisserait au rythme de l’inflation, soit un recul d’environ 10 % sur cinq ans. Comment y arriver ? Il s’agit d’abord de réduire le nombre d’agents de l’Etat en utilisant « dès aujourd’hui au maximum l’opportunité des départs à la retraite pour supprimer les sureffectifs ». La moitié des fonctionnaires vont partir en retraite dans les dix ans à venir.

Si, comme le propose le rapport Camdessus, on n’en remplace qu’un sur deux, c’est donc un objectif de réduction de 25 % des effectifs qui est ainsi annoncé.

Et pour la protection sociale...

Il s’agit aussi « d’équilibrer » les retraites et la Sécu, autrement dit de bloquer aussi ces dépenses qui ont pourtant besoin d’augmenter. L’offensive qui se profile est donc de très grande ampleur puisqu’elle vise à réduire drastiquement les moyens de fonctionnement des services publics et de la protection sociale. Mais elle va devoir heurter de front l’attachement majoritaire des citoyens à ces éléments essentiels du modèle social. Le rouleau compresseur libéral avance inexorablement. En accélérant, il risque de franchir la ligne jaune.

composition de la commission :

Michel Pébereau = Directeur de BNP PARIBAS ; Christian Blanc, député des Yvelines ; Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI ; Jean-Michel Charpin, Directeur général de l’INSEE ; Jean-Philippe Cotis, Chef économiste de l’OCDE ; Olivier Davanne, associé DPA conseil ; Pierre Mathieu Duhamel,Directeur du Budget ; Xavier Fontanet, PDG Essilor ; Philippe Herzog, président de Confrontations Europe ; Jacques Julien, journaliste ; Philippe Kourilsky, professeur au collège de France ; Françoise Laborde, journaliste ; Alain Lambert, ancien ministre ; Pascal Lamy, directeur général de l’OMC ; Jacques de Larosière, gouverneur honoraire de la Banque de France (ex directeur du FMI) ; Edouard Michelin, PDG de Michelin ; Didier Migaud, député ; Xavier Muscat, Directeur Général du Trésor ; Nicole Notat, présidente de Vigéo ; Maria Nowak, Présidente du droit à l’initiative économique.

Rien que des patrons, des représentants du FMI, de l’OCDE, du gouvernement et autres partisans du libéralisme de tout poil (députés, journalistes, économistes) pour porter un jugement neutre et sans complaisance !!!

Pascal Franchet, militant associatif, syndical et politique

1 Message

  • Salut.
    Avant toute chose, je tiens à préciser que je n’y connais rien. Mais à mon niveau je constate une chute considérable du moral, des moyens mis en oeuvre pour faire en sorte que les gens puisse avoir une vie agréable, et surtout, un tant soit peu possible à gérer. Depuis que Sarkosy est au pouvoir, car ici je doute que l’on puisse parler de présidence, de mon point de vue de « jeune », petit à petit, tout ce qui nous permet de nous détendre devient soit inabordable car trop cher, soit inexistant.
    Après la lecture de cet article, je dois avouer que l’avenir qui nous est réservé semble bien sombre. En Bourgogne, où je vis, c’est 85% des ménages qui maintenant ont du mal à boucler leur fin de mois... Obligés de reprendre un second voire un troisième emploi, l’éducation des gamins devient du coup presque une utopie...
    On parle d’un pays des droits de l’homme ? Je vous en prie, dites moi ou il est...
    Ce ne sont peut-être que les jérémiades d’un adulte-ado, pour reprendre l’expression d’Aldebert, mais dans le groupe d’amis autours de moi, nous pensons tous et percevons tous l’avenir ainsi.
    J’espère de tout coeur que nous avons tort, mais je ne me fait plus d’illusions.

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