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Détournement d’une manifestation féministe

mardi 12 décembre 2017

Me too dans la vraie vie / 25 novembre 2017 à Rennes

Quand un groupe anti-répression policière dévie de son objectif principal la manifestation contre les violences masculines à l’encontre des femmes.

Nous sommes 400 rassemblé.e.s place de la Mairie le soir du 25 novembre 2017, journée internationale pour l’élimination des violences contre les filles et les femmes. Nous sommes heureuses de nous retrouver avec des ami.e.s qui ont l’habitude des manifs féministes et d’autres qui participent à ce type d’événement pour la première fois. Nous sommes reconnaissantes que des femmes aient pris l’initiative d’organiser cette marche pour dénoncer dans la rue les violences machistes.

Des hommes sont présents également, dont certains appartiennent aux organisations syndicales et politiques, signataires de l’appel à manifester. Banderoles et pancartes affichent « PRÉPAREZ-VOUS À NOUS ENTENDRE #METOO », « JUSTICE POUR LES FEMMES », « Les victimes dénoncent. A quand les jugements ? », etc...

Après plusieurs prises de parole, nous nous mettons en marche encouragé.e.s par les slogans féministes « Agresseurs, violeurs, c’est à vous d’avoir peur ! », « Solidarité avec les femmes du monde entier », « Violeur t’es foutu, toutes les femmes sont dans la rue ».

Avec l’explosion des récits publics de violences sexuelles subies par les femmes, cette manifestation prend une dimension exceptionnelle. C’est d’ailleurs la deuxième manifestation de l’année à Rennes. La précédente ayant eu lieu quelques semaines plus tôt pour relayer dans la « vraie vie » ce qui ce passe avec #Metoo et #Balancetonporc. C’est un moment unique pour se rassembler, exprimer sa colère ensemble et revendiquer un changement radical de société.

Après quelques temps de marche, nous entendons à l’arrière du cortège, le slogan « Flics, violeurs, assassins » repris par une partie importante des manifestant.e.s. On entend beaucoup de voix fortes d’hommes. D’autres slogans à l’attention des flics focalisent l’énergie du groupe « Cassez-vous, cassez-vous », « Les féministes détestent la police », etc...

Bien sûr que les violences policières sont graves et impunies et qu’il est nécessaire de se mobiliser contre des crimes racistes et l’usage du viol comme outil de répression.

Cela étant dit, nous sommes choquées que la manif contre les violences machistes prenne la forme d’une manif contre les violences policières. Nous ne sommes pas venues pour ça. Nous luttons contre toutes les violences masculines exercées contre les femmes. Les hommes qui commettent ces violences sont flics ou prisonniers, conservateurs ou anarchistes, patrons ou ouvriers, riches ou pauvres, blancs ou noirs, BCBG ou hippies, religieux ou athées. Tous font partie de la classe des hommes. Et tous les hommes, même s’ils n’exercent pas de violences contre les femmes, comme le dit Patrizia Romito « récupèrent certains avantages de la violence exercée contre les femmes. Avantages tels que facilité d’accès aux relations sexuelles, gratuité des services domestiques, accession privilégiée à des postes de travail plus élevés et mieux rétribués, avec tous les bénéfices psychologiques qui en découlent  ».

Un groupe de militant.e.s a donc réussi à détourner la manifestation de son combat principal. Nous nous retrouvons invisibilisées par des hommes du cortège qui ne peuvent pas rester en retrait et qui font porter leurs voix plus haut que les nôtres.

Nous ne voulons plus revivre cela. Les organisatrices ont tenté de reprendre la main en scandant les slogans féministes. Mais comme par hasard, ils n’ont pas été repris avec autant de force par une partie du cortège. Nous espérons que les personnes qui ont fait cela se reconnaîtront et remettront en question leurs pratiques militantes. De toute façon, nous resterons vigilantes afin que cela ne se reproduise pas lors des prochaines manifestations féministes.

Le combat continue !

Des femmes contre le patriarcat

PS : La citation de Patrizia Romito provient du livre Un silence de mortes. La violence masculine occultée, paru aux éditions Syllepse en 2006.

3 Messages de forum

  • Un slogan encore moins repris 13 décembre 2017 00:50, par polcamy

    « auto-défense féministe » a été scandée ; par des femmes.
    Pas celles qui étaient en tête du cortège.
    Je ne fais partie d’aucuns des groupes décrits « à l’arrière » et donc par déduction « en avant( -garde ?) » .
    Je pense voir pour quelles raisons des hommes n’ont pas repris ce slogan.
    Mais pourquoi les femmes à l’avant ne l’ont pas repris ? je ne vois pas.
    Je ne veux surtout pas laisser penser que l’auto-défense est la seule ou même la meilleure des solutions ; mais par expériences d’amies, par les expériences de manifs de nuits non-mixtes, je constate que l’auto-défense individuelle et collective est un pouvoir dont les femmes n’ont pas à se délaisser.
    De plus, aucune de nous ne peut penser que nous avons trop de pouvoir ; donc nous avons à encourager notre auto-défense

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  • Pour lever toute méprise 14 décembre 2017 17:06, par Sandrine Solidaires35

    Bonjour à toutes,
    Je souhaitais vous apporter un éclairage sur les circonstances et évènements qui se sont produits lors de cette marche à laquelle j’ai participé pour Solidaires 35. Comme vous, je regrette que les slogans contre les violences policières aient pris le pas sur les slogans féministes. Etant à l’arrière du cortège, je peux vous expliquer les circonstances. Sur le quai Lamenais, arrivé au niveau de la rue Comté de Lanjuinais, le cortège s’est retrouvé en présence d’une dizaine d’agents des forces de l’ordre, casqués et en équipement de protection. Ce groupe suivait sur le côté la manifestation. Beaucoup ont réagi à ce dispositif, vécu comme une provocation, et cet arsenal pour une manifestation pacifique contre les violences faites aux femmes. Une manifestante les a pris à partie verbalement. Et au moment où elle leur tourne le dos pour se rapprocher de la manif, un policier lui donne deux coups de pied dans l’arrière des jambes. Cet acte violent, inapproprié et lâche a fait réagir les personnes témoins. C’est à partir de là que les slogans ont fusé et se sont poursuivis tant que ce groupe de policiers nous collait.
    C’est pourquoi, il n’y a pas eu d’intention préalable de détournement de la manif féministe. Personne n’était venu pour ça. Nous avons plus à dénoncer le déploiement de ce type de dispositif policier pour tout mouvement social devenu insupportable à Rennes. Qui plus est quand un policier ne sait garder son sang-froid face à une femme et la frappe. C’est une honte et indigne des valeurs de notre société.
    Si nous devons être vigilantes sur le respect de nos actions féministes et de leur organisation par les participant·e·s, pour le cas précis, nous devons surtout interroger M. le Préfet et la Maire de Rennes sur le droit de manifester à Rennes et l’encadrement policier des manifestations.
    Solidairement

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  • Détournement d’une manifestation féministe 16 décembre 2017 15:27, par autonomie féministe

    Bonjour,
    l’ampleur du problème de la non-compréhension d’un féminisme autonome et offensif par les organisations de gauche à Rennes est effrayant.
    Non, le détournement n’était pas planifié, heureusement encore, mais c’est ce qui arrive systématiquement lorsque l’on ne décide pas collectivement et fermement de prioriser les revendications féministes, elles passent toujours en second lieu.
    C’est absolument flagrant ici, alors qu’il s’agit du 25 Novembre, jour contre les violences faites aux femmes, donc non, la priorité n’est pas la difficulté d’accès des manifestations en centre-ville, qui est certes un problème, mais pas le sujet ce jour là. Le texte paru sur Expansive.info (https://expansive.info/Retour-sur-l...), montre d’ailleurs bien cette volonté d’utiliser cette manif dans la guerre qui oppose les organisations et la mairie, mais en fait pourquoi aurait-il fallu pousser pour aller à Sainte-Anne ?
    N’étions-nous pas là contre les violences subies par toutes les femmes au quotidien ? N’était-ce pas la priorité de faire entendre ce message ?
    Je rajoute que cette manifestation du 25 novembre a depuis des années été organisée par des associations ou groupes dont l’objet PREMIER était le féminisme, parfois non-mixtes, et que depuis l’an dernier des groupes ont souhaité que les organisations de gauche traditionnelles signent. Je considère que c’est en soi un problème, étant donné qu’au sein de ces organisations les violences sexistes et sexuelles sont tout autant importantes qu’ailleurs, et que les manifestations ce jour sont donc un peu moins accessibles aux femmes victimes de violences, qui devraient pourtant être là (au moins une fois dans l’année) dans un espace pour elles.
    Mais j’ai bien conscience qu’en dehors de la création d’espaces non-mixtes où la parole des femmes peut se libérer politiquement des discours mixtes et de l’importance toujours supérieure d’autres sujets que le féminisme, cela ne changera pas.
    Je trouve tout de même que particulièrement dans notre ville, il n’y a même pas à attendre un quelconque backlash après « #balancetonporc » puisque ceux-ci n’ont absolument pas été inquiétés et que leur défense précède une quelconque prise de conscience.
    Merci en tous cas pour ce texte qui apparemment a trouvé ici sa seule voie de publication et beaucoup de solidarité féministe à toutes celles qui subissent l’oppression, le dénigrement, l’inégalité, l’exploitation, la violence.
    Cordeàsauter.

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