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Débat pipeau sur les nanos : récit d’une soirée, pour mieux comprendre

dimanche 10 janvier 2010

Suite à la découverte de l’existence voire l’omniprésence des nanotechnologies dans nos vies, et des risques qui y sont liés, des Rennais-es se sont réapproprié-e-s cette question et on voulu dénoncer un débat qui n’en est pas un.

19h20, les alentours de l’IUFM sont déserts. Aucune affiche ne permet de savoir qu’un « grand débat national » issu du Grenelle de l’environnement a lieu ce soir, ni ici, ni en ville. Quelques tracts ont été distribués les 2 jours précédents.
On rentre par une petite porte dérobée. La propagande des ministères est étalée sur une table, ainsi que les cahiers d’acteurs des lobbys, assos, partis et syndicats qui se sont exprimés sur le sujet.
Je ne me fais pas fouillée, je suis d’ailleurs bien sapée, et hormis la possession d’un sifflet, je n’ai rien à me reprocher.
La salle est remplie. En même temps, une salle de 200 personnes pour un « débat national », dans une métropole de 300 000 habitants, on peut considérer que c’est peu. Surtout si on s’accorde sur le fait que les nanotechnologies vont provoquer des bouleversements concernant notre façon d’être au monde.

Isabelle Jarry, membre de la CPDP, commence le « débat ». Elle explique elle-même ce qu’on est venu dire : ce débat ne sert à rien.
C’est-à-dire que : les nanos sont déjà dans nos vies, la commission a été saisie par des ministères, son rôle n’est que d’enregistrer nos avis et d’en faire un rapport. Aucun pouvoir décisionnel pour cette pseudo commission indépendante.
Elle précise que des représentants des 7 ministères concernés sont présents, puis proposent aux intervenants à la tribune de se présenter. Chercheurs, industriels, juriste, et une représentante des Amis de la Terre qui malgré elle servira de caution à Isabelle pendant le chahut.
Elle décide ensuite de passer la parole à la salle. Dommage, ça tombe directement sur un opposant... Notre acolyte lit un texte qui dénonce le débat public en quatre points :
- la commission n’est pas indépendante
- les questions sont prévues d’avance
- la population n’a pas été prévenue, hormis des « publics cibles » comme les chercheurs, qui ont reçu des invitations directes
- la tournure ultra sécuritaire qu’a pris le débat dans certaines villes, comme à Caen

La salle se remplit soudain d’applaudissements, de sifflets, de slogans, qui ne s’arrêteront que lorsque le débat sera annulé.

Une banderole est déployée : « Débats virtuels, nuisances réelles ».Elle sera l’objet de bien des passions, notamment un homme qui sort un couteau pour tenter de la fendre. Il finit quand même par le ranger. Quand on sait que l’accès à la salle a d’abord été refusé à celui qui avait la banderole et pas à celui qui avait le couteau, ça confirme que les agents de sécurité ne sont pas de notre côté, surtout quand ils étouffent les pauvres à Carrefour.

Isabelle reste zen et fait son show, elle veut à tout prix qu’on explique nos arguments.
Les slogans fusent « Les décisions sont déjà prises », « Nanos, OGM, nucléaire, qu’est-ce qu’on ferait pas pour un salaire », « Indépendant, ça coûte rien de le dire, mais ton argent, tu l’as eu comment ? ».
Elle tente de faire parler d’autres intervenants, dont les voix sont recouvertes par le bruit. En désespoir de cause, elle ne cesse de prendre comme alibi la représentante des Amis de la Terre, qui finit par se fâcher. Elle prend alors la parole en disant qu’elle comprend notre action mais que les Amis de la Terre ont décidé de participer même s’ils ont des réserves sur ce « débat », pour faire entendre une autre voix. Elle est interpellée sur le fait que cette association, malgré son important travail de fond sur la critique des nanotechnologies, sert de caution à cette mascarade.

Des opposants crient aussi « l’aéroport de Notre Dame des Landes », qui, rappelons-le, a fait l’objet d’un débat public de 2002 à 2003. Au terme de ce débat, le projet d’aéroport fut confirmé, malgré l’opposition des habitants, et a été depuis 2008 reconnu « d’utilité publique » par l’État.

Pendant ce chahut, quelques personnes, parfois énervées, tentent de discuter avec nous, pour comprendre nos motivations. Nous tentons de nous expliquer avec la meilleure volonté du monde. Nous découvrons qu’un des défenseurs des nanos que nous avons en face de nous a travaillé à Minatec. Son voisin est un chercheur. Nous ne vivons visiblement pas dans le même monde. On me parle de miniaturiser mon portable, de me nano-soigner. Est-ce que c’est compatible avec une société égalitaire et émancipatrice, ce n’est visiblement pas une question qui les a effleurés.

Fin du débat, fin de la fête, on se rentre et on discute. On a atteint notre objectif : faire annuler le débat.
Mais ce n’est pas une fin en soi, et le but est bien sûr de continuer à diffuser les informations sur les nanotechnologies et à mettre en garde sur la technoscience, en dehors d’un processus d’acceptabilité et de vitrine permettant de légitimer les décisions.
Nous comptons bien nous réapproprier nos vies en prenant nous même les décisions qui nous concernent, quitte à réaffirmer une conflictualité qui est pour l’instant effacée au profit d’une prise de décision par le haut.

Nous invitons toutes les personnes désireuses de comprendre notre démarche à :
- S’informer sur ce qu’est la Commission Nationale de Débat Public, sur les débats publics qu’elle a organisés précédemment et sur les enjeux financiers des projets concernés.
- S’informer sur les nanotechnologies en privilégiant les sources n’ayant pas d’intérêts économiques dans ce domaine.

K.S.

1 Message

  • A noter aussi que le fameux « grand emprunt » de l’Etat, ou plutot cette nouvelle dette qu’il faudra payer, avec interets, aux rentiers, permettra à l’Etat d’investir dans la recherche sur les nano-technologies (et pas dans la recherche qui permettrait de connaitre les effets sur la santé et l’utilité de ces « nécro-technologies »). D’ailleurs, c’est à ça que sert ce grand emprunt : Que l’argent du contribuable soit utilisé pour réaliser des investissements couteux qui devraient etre logiquement fait par les entreprises eux mêmes, qui n’ont aucun interet pour la collectivité, au contraire.
    C’est donc encore une preuve que ces « débats » ne sont qu’une opération de promotion, puisque la décision de développer ces technologies est déja prise, et même, c’est l’argent du contribuable qui est utilisé directement pour ça !
    Entre 1 et 2,5 millards sera utilisé pour « l’innovation » en agro-bio-nano-technologies...

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