La Tête au Carhaix !
Cet article a été supprimé a la demande de la rédaction du site médiapart.fr. Copie du mail de François Bonnet et ma réponse... Dommage que l’argent soit plus fort que le droit à l’information pour tous.
Une personne (merci beaucoup !) m’a transmit ce lien qui permet quand même de lire l’article : http://webcache.googleusercontent.c...
Ajouté à 14h00
Suite à l’échange reproduit plus bas François Bonnet est revenu à la charge.
Dans l’ordre la copie de son mail et ma réponse.
D’ailleurs si François Bonnet veut faire une enquête sur les méthodes des banques pour dépouiller leurs clients, je me tiens à sa disposition.
Bien entendu, je le ferais gratuitement conformément à l’idée que je me fais de l’information. Elle doit être libre et accessible à tous !!!
Ce qui suit est un copié collé des mails échangés sans retouches ni omissions.
François Bonnet
Ecoutez, à 5 euros par mois (à peine le prix d’un paquet de cigarettes),
> je ne pense pas que l’on soit là dans un scandale social.
> Par ailleurs, vous le savez, Mediapart, site de journalistes
> professionnels
> (qui, malheureusement, doivent être payés !) vit des seuls abonnements de
> ses lecteurs : garantie d’indépendance et d’une relation forte avec son
> public. Enfin, encore une fois désolé, mais il ya des droits de
> propriété intellectuelle que vous nous permettrez de défendre.
> En vous remerciant
> F.Bonnet
Ma réponse :
Je vois que vous ne connaissez même pas le prix de l’abonnement qui est de 9 euros. Non ce n’est pas énorme... Mais quand comme moi on SURVIT avec 650 euros par mois et qu’on a le CMB et son huissier au cul, c’est beaucoup...
D’autre part, je ne suis pas naïf. Votre couplet sur la défense de la propriété intellectuelle vient seulement après que rezo.net ai mit un lien vers mon blog. L’article est en ligne depuis le 27 à 1h20 sans que cela ne provoque aucunes réactions de votre part.
Que vous ayez des intérêts commerciaux à protéger (comme la banque CMB !) se conçoit mais assumez le comme tel sans vous cacher. Votre remarque sur le salaire des journalistes est de plus particulièrement déplacée.
Par contre je réitère ma demande de résiliation de mon abonnement et que cela me soit confirmé !
Amèrement (et le mot est faible !)
Michel Madec
Premier échange de mails
Le mail de François Bonnet
Mediapart
François Bonnet
Bonjour,
vous reproduisez intégralement sur votre blog un article de Martine orange sur la gestion de Clymène. Site payant, Mediapart ne vit que des abonnements de ses lecteurs et nos articles sont protégés par les règles classiques de copy right.
Vous ne pouvez donc pas reproduire in extenso un tel article. Les 3 premiers paragraphes, si vous le souhaitez, en renvoyant sur notre suite. Mais là, nous ne sommes plus dans le droit de citation.
Merci donc de bien vouloir agir rapidement
Bien à vous
François Bonnet, directeur éditorial de Mediapart
Ma réponse
Bonjour,
Vous commandez, j’obéis. Je supprime dans les 10 minutes l’intégralité de l’article en indiquant pourquoi je l’ai effacé. Je constate que l’info est réservée à ceux qui peuvent payer !
Mes revenus ne me permettent pas de payer un abonnement pour la gloire. En conséquence, merci de procéder dans les plus brefs délai à la résiliation de mon abonnement et de me confirmer la clôture du compte.
Tant pis pour l’info, tant pis si en France, les pauvres n’ont pas accès à l’information...
Amèrement,
Michel Madec
Source/auteur : La Tête au Carhaix !
http://www.latetocarhaix.org/articl...
Clymène-Bettencourt : l’étrange gestion d’une machine à perdre de l’argent
Interrogé à de multiples reprises sur le rôle de sa femme, Florence Woerth, dans la gestion de la fortune de Liliane Bettencourt, l’ancien ministre du budget, Eric Woerth, affiche une tranquille sérénité : si jamais il y a eu des manœuvres d’évasion fiscale dans la gestion de la fortune de l’héritière de L’Oréal, sa femme n’y a en rien été mêlée. Elle travaillait chez Clymène et tout est clair, selon lui, dans cette structure. « Ma femme n’avait que pour mission de gérer les dividendes versés par L’Oréal à Mme Bettencourt », explique Eric Woerth.
Clymène est une holding de participations, qui a pour seule mission de gérer et de faire prospérer une partie de la fortune de l’héritière de L’Oréal en la plaçant dans toutes sortes d’opérations financières, commerciales, immobilières. Un “family office” comme disent les banquiers, gestionnaires de fortune. Ce type de structure, offrant une « gestion personnalisée », est apprécié par tous : c’ est discret, très peu coûteux – deux ou trois personnes suffisent en général – et cela peut même être considéré comme un outil de travail donc, à ce titre, déductible de l’ISF, l’épouvantail des grandes fortunes.
Même si c’est un monde très éloigné du quotidien des Français, il n’y a donc rien de répréhensible, selon l’ancien ministre du budget. Dans le cas de Clymène, la situation est même a priori totalement transparente : la société dépose régulièrement ses comptes au tribunal de commerce de Nanterre où elle est enregistrée. Pourtant, il n’est pas inintéressant de se pencher sur les bilans de cette structure. Car on y découvre des faits surprenants.
Le plus intrigant est que Clymène, loin de contribuer à faire prospérer la fortune de Liliane Bettencourt, « créer de la valeur » comme le revendiquent les financiers, perd systématiquement de l’argent, détruit du capital. Sur les neuf exercices depuis sa création, elle a été cinq fois en pertes. Celles-ci ont absorbé en huit ans plus de 60% du capital social. Et lorsque qu’elle affiche des bénéfices, ils sont à des niveaux ridicules. Ce n’est pas exactement ce que l’on attend d’une gestion de fortune avisée. A moins que d’autres buts aient été poursuivis ? Et au profit de qui ?
Mais pour démêler cette étrange histoire, il faut remonter le dédale. A partir du milieu des années 1990, Liliane Bettencourt a décidé de mettre un peu d’ordre dans la gestion de sa fortune. C’est l’époque où les liens inextricables entre L’Oréal et la famille sont dénoués, où notamment les réseaux de distribution du groupe aux Etats-Unis, propriété de la famille mais payés par le groupe, sont redonnés à L’Oréal. C’est la période aussi où la succession est organisée entre Liliane et sa fille Françoise Meyers-Bettencourt, dans le souci d’assurer la continuité du contrôle de L’Oréal, toujours convoité par Nestlé.
Le partage des pouvoirs est alors organisé. Liliane Bettencourt transmet l’essentiel de sa participation (28,7%) à sa fille, un peu à son gendre et à ses petits-enfants. Ceux-ci ont la propriété des titres mais l’usufruit est conservé par Liliane Bettencourt. Ce qui lui assure l’ensemble des droits de vote et l’essentiel des dividendes. Une structure est créée, Thétys. Signe de son importance : elle est installée au siège parisien du groupe L’Oréal, rue Royale. Car Thétys est au cœur du pouvoir du groupe de cosmétiques : elle porte la participation de la famille Bettencourt, dans le cadre du pacte d’actionnaires signé en 1974 puis reconduit par la suite avec Nestlé. C’est là que se joue l’avenir du groupe.
Un milliard de dividendes en six ans
Cette réorganisation entraîne par la suite la création de Clymène. Créée le 21 juin 2000, Clymène a pour unique actionnaire Liliane Bettencourt, et est la fille de Thétys, comme le veut la mythologie grecque. Sa vocation unique est de gérer les dividendes de L’Oréal. Et cela représente des fortunes (voir le blog "Bettencourt : Holding Téthys : 15M€ d’impôt sur les sociétés de 2004 à 2008 : une fiscalité plutôt légère ?").
L’Oréal est, par tradition, une société très généreuse à l’égard de ses actionnaires. Ses résultats ne cessent de progresser, et elle augmente sans cesse son taux de distribution : celui-ci atteint pour l’année 2009 le niveau record de 43,9% des résultats. Pour Mme Bettencourt et sa fille, cela représente 267 millions d’euros environ. Sur six ans, Liliane Bettencourt a reçu ainsi plus d’un milliard d’euros.
Clymène n’en a reçu qu’une partie. Lors de sa création, la société a été dotée d’un capital de 100 millions d’euros, qui a été augmenté de 70 millions d’euros en 2003. Elle dispose en outre du compte courant de Thétys, contre rémunération. Celui-ci s’élevait à 237 millions d’euros à la fin de 2008.
Patrice de Maistre se trouve être le chef d’orchestre de cette gestion de fortune. Expert-comptable de formation, il est entré dans l’empire L’Oréal en devenant commissaire aux comptes suppléant du groupe en 1998. En mars 2001, il demande à être relevé de ses fonctions chez L’Oréal et devient à partir de cette date le gestionnaire de fortune de Mme Liliane Bettencourt. Il siège dans toutes les structures importantes : directeur général de Clymène, directeur général de Thétys, directeur général de la fondation Bettencourt.
C’est lui qui organise les flux d’argent d’une structure à l’autre. Son statut lui vaut d’être aussi le représentant de Liliane Bettencourt dans des fonds et des structures d’investissement. Dans ce tout petit monde, les gens riches et leurs représentants sont très courtisés.
Il a donc la responsabilité première de sélectionner les dossiers, choisir les investissements, entouré d’une toute petite équipe : Clymène compte cinq salariés, dont Florence Woerth. Dans le bilan de cette société, il n’y a pas d’immobilier, pas d’actifs immobilisés. Tous les investissements apparaissent sous le titre « valeurs mobilières de placement ».
Peu disert sur la nature de ces placements, le commissaire aux comptes est malgré tout obligé, pour arrêter les si difficiles comptes de 2008, de parler de hedge funds – des fonds très prisés des grandes fortunes mais rarement basés en Corrèze – ou de private equity, c’est-à-dire des investissements dans des sociétés non cotées. Ces placements sont très recherchés par les gestionnaires compte tenu de leur très forte rentabilité (25% de retour sur capitaux investis selon la norme imposée par les investisseurs ces dernières années).
Patrice de Maistre semble particulièrement apprécier ce dernier type d’investissement : il est lui-même à la tête d’uns société d’investissement au capital de 13 millions d’euros, Brinon investissements, spécialisée dans le private equity.
De 2002 à 2008, Clymène a beaucoup investi, en puisant dans le compte bancaire de Thétys. La valeur des titres de placement est passée de 135 à 345 millions d’euros, après amortissement et dépréciations. Mais le moins qu’on puisse dire est que Patrice de Maistre et ses collaborateurs n’ont pas la main très heureuse. Il a échappé à la faillite Madoff, semble-t-il : les 280 millions d’euros investis dans la Sicav Oreades, créée spécialement pour Liliane Bettencourt et gérée en produits Madoff par la BNP, semblent n’avoir jamais été chez Clymène. En tout cas, les bilans et les comptes de résultat de la société ne portent pas la trace de sommes si importantes, ni avant, ni au moment de la dissolution de la Sicav, transformée par la suite en Sicav luxembourgeoise LuxAlpha, avec pour dépositaire la banque suisse UBS.
Dépréciations d’acifs, moins-values et pertes de change
Mais même avec ou sans Madoff, le résultat est peu glorieux. Chaque année ou presque, que les marchés boursiers soient porteurs ou non, le groupe est obligé de constater des dépréciations sur ces titres : 20 millions d’euros en 2002, 12,5 millions en 2003, 2 millions en 2005, 1,6 million en 2006, 5,5 millions en 2007, sans parler de 64 millions en 2008. Mais cette dernière année est tellement atypique, la valeur des fonds était impossible à fixer en pleine crise financière, qu’il est impossible d’en tirer la moindre conclusion.
Néanmoins, même si les règles comptables obligent à comptabiliser les moins-values latentes sans prendre en compte les plus-values potentielles, même si certaines de ces dépréciations sont reprises par la suite, le bilan des investissements n’est guère impressionnant. En tout cas, pas à la hauteur de ce qu’il pourrait être attendu pour le gestionnaire de la première fortune de France. Un gérant de livret A ferait mieux.
Sur les cessions, c’est encore plus calamiteux. En 2002, Clymène enregistre un total (différence entre plus-values et moins-values) de 11,7 millions d’euros de moins-values sur ses cessions, en 2003 ; encore un million de moins-value ; en 2005, c’est à peine à l’équilibre. Il n’y a qu’en 2004, 2006 et 2007, que Clymène dégage des plus-values sur ses ventes, ce qui est normalement son objet.
Entre les dépréciations de titres, les moins-values et les pertes de change, les résultats sont rarement au rendez-vous. Sur huit exercices, Clymène est cinq fois en pertes. En 2000, le déficit s’élève à 6,5 millions d’euros ; en 2001 à 16,2 millions ; en 2002 à 20,3 ; en 2005 à 4,7 ; en 2008 à 66,1 millions d’euros. Cette malchance paraît même gêner parfois le commissaire aux comptes. En 2005, année financière florissante, la société est malgré tout en perte. « L’année 2005 a marqué la poursuite de la hausse des marchés commencée en 2004. La politique de placement de Clymène a été adaptée progressivement à l’évolution de cette conjoncture et a permis la revalorisation de son portefeuille de titres », écrit-il.
Mais même quand Clymène est bénéficiaire, ses résultats ne sont pas dans les normes : car tant de dépréciations et de moins-values les mauvaises années signifient normalement des placements à haut risque, très rentables les bonnes années. Or, là rien de tel. Le meilleur résultat de la société est en 2004 : 16,4 millions d’euros. Rapporté aux capitaux investis, cela fait à peine 10% de retour. Pour les autres exercices bénéficiaires, le taux de rentabilité est à peine de 4-5%. Dans sa société d’investissement, Patrice de Maistre paraît plus avisé. Les bonnes années, il arrive à dégager 41% de bénéfice sur chiffre d’affaires.
Un million d’euros de charges salariales en plus en 2008
Faut-il voir Clymène comme une machine à perdre ? Sur neuf exercices, 107 millions de capitaux se sont volatilisés. Sur un total de 170 millions de capital, cela fait beaucoup. Les déficits peuvent certes permettre des économies d’impôt, reportables sur Thétys. Mais un si petit enjeu ne semble pas à la hauteur d’une telle structure financière. Pourquoi faire systématiquement des pertes ? Une évasion pourrait-elle se cacher derrière ? Et au profit de qui ? Dans ce cas, que faisait Mme Woerth ?
Tant d’opérations semblent malheureuses, tant de cessions paraissent si malchanceuses que cela finit par poser question. Car si les opérations ont été officiellement perdantes pour Mme Bettencourt, d’autres en ont pu en profiter. « En matière d’argent, il n’y a pas que des perdants. Il y a aussi des gagnants. Le tout est de savoir qui », rappelle un avocat d’affaires, habitué des grandes fortunes.
Cette gestion pénalisante n’a en tout cas pas irrité Mme Liliane Bettencourt. Patrice de Maistre reste son homme de confiance. Et les salariés de Clymène sont toujours appréciés et remerciés, même dans les moments difficiles. 2008, période où Mme Woerth y travaillait, fut une année effroyable pour les sociétés financières, Clymène n’échappa pas à la règle. A la fin de l’année, il fallut ramener la valeur des placements – de nombreux investissements avaient été réalisés lors de cet exercice – de 417 à 345 millions d’euros dans le bilan, compte tenu de l’effondrement des marchés. Les comptes plongèrent naturellement.
Cette même année, pourtant, la société se montre ouverte à l’égard de ses salariés. Les charges salariales, jusqu’alors stables d’une année sur l’autre, firent un bond spectaculaire : de 424.604 euros, elles grimpèrent à 1.501.599 euros, soit un million de plus.
Mme Woerth affirme qu’elle a touché 200.000 euros de salaire annuel chez Clymène. Mais alors pourquoi une telle envolée des charges ? Qui a bénéficié de hausses de salaires ? Interrogé sur cette question et sur d’autres, Patrice de Maistre n’a pas retourné notre appel.