Les défaites subies par les travailleurs l’année dernière ont eu pour conséquence de produire un profond malaise. L’échec des journées d’action sectorielle à répétition a enlevé toute légitimité à cette tactique syndicale. L’action syndicale interprofessionnelle apparaît comme la seule solution pour sortir du cycle de défaites dans laquelle nous nous enfermons depuis 1996.
Nous comprenons donc pourquoi, depuis quelques mois, de nombreux appels sont diffusés sur internet afin d’interpeller les « directions syndicales ». Des appels qui leur demandent d’organiser une grève interprofessionnelle ou générale. Nous comprenons ces initiatives mais notre courant syndical refuse de s’associer à une telle démarche. Car si elle pose les vrais objectifs, elle s’appuie sur une stratégie non seulement vouée à l’échec, mais surtout dangereuse.
Nous refusons d’interpeller les « directions syndicales » car nous ne leur reconnaissons pas le pouvoir de décider si oui ou non il faut appeler à une grève interpro et reconductible. Car les « directions syndicales » ont assez amené de preuves sur leur volonté justement de ne pas appeler et organiser une telle grève. Quelle est cette stratégie qui nous demande de s’en remettre alors à ces « directions syndicales » ? Les confédérations ouvrières ne sont pas des entreprises capitalistes ou des institutions bourgeoises. Elles ne fonctionnent ni sur la base du centralisme démocratique, ni sur celui de la démocratie représentative, ni sur celui du management patronal.
La démocratie ouvrière repose sur le fédéralisme, inscrit dans les statuts confédéraux. Il appartient donc aux seules organisations souveraines, les syndicats de base, de décider de leurs modes d’action. Ils s’expriment ensuite à travers leurs organisations interprofessionnelles (UL et UD) et d’industrie (les fédérations) pour collectiviser les prises de décision au niveau national. C’est cela le fédéralisme !
Bien entendu, le fédéralisme est loin d’être respecté dans la totalité des UD et des fédérations, et encore moins dans les instances confédérales. Mais c’est le devoir de chaque militant syndicaliste de faire respecter les statuts démocratiques de son organisation.
Interpeller les « directions syndicales » revient de fait à légitimer un pouvoir qu’elles se sont accordé, notamment par la passivité des militants à se battre pour défendre le fédéralisme.
C’est donc dans nos syndicats que doit se discuter la perspective de la grève générale, pour ensuite l’élargir dans le cadre du fédéralisme. Un syndicat est d’ailleurs tout à fait libre de s’exprimer publiquement sur la question.
La situation est donc paradoxale. Des milliers de militants s’expriment sur internet en faveur d’une grève interpro ou générale… et la plupart des syndicats locaux restent silencieux sur la question. Ne serait-il pas plus efficace que ce débat soit mené dans les AG de syndiqués, dans les instances démocratiques ?
On peut également s’interroger sur le fait que de nombreux signataires de ces divers appels ne militent pas dans les seules structures capables de favoriser au quotidien les convergences interpro : les Unions Locales. Car pour organiser une grève générale il faut les outils adéquats. Une grève générale ne se décrète pas, elle se construit au quotidien en coordonnant tous les syndicats et les sections d’abord localement, puis aux niveaux géographiques de plus en plus larges pour garantir son succès . Sa condition nécessaire, c’est la solidarité de classe locale en acte. Celle-ci se matérialise fondamentalement non pas par des discours et de l’agitation médiatique, mais par une pratique de classe, c’est à dire l’existence de structures de classe à la base : des Unions Locales vivantes et représentatives. Une grève générale appelée par le « sommet » des « directions syndicales » est à la merci de la décision de l’arrêter, en désarmant ainsi le mouvement de la base. Au contraire, une grève générale construite sur des structures de classe à la base, se donne les meilleurs moyens pour les coordonner dans le cadre du fédéralisme. De plus elle permet de construire la grève avec le plus d’indépendance possible envers les « directions syndicales », garantie supplémentaire de sa réussite.
En rappelant ces points fondamentaux, nous ne cautionnons pas les bureaucrates syndicaux, mais nous ne voulons pas non plus enlever toute responsabilité aux militants syndicalistes, et encore moins aux non syndiqués.
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