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Bretagne en eaux troubles. Les sanctions financières vont pleuvoir

vendredi 23 septembre 2005

« Incapable de fournir aux Bretons une eau potable de qualité, la France s’attire les foudres de Bruxelles

Cet été, la Commission européenne a adressé une petite note sèche au gouvernement français. Vous avez deux mois, disait l’avis, pour appliquer les décisions prises par la Cour de Justice européenne et fournir aux habitants des départements bretons une eau potable qui contienne moins de 50 mg de nitrates par litre. Deux mois, c’est bien court quand on connaît la situation bretonne. Cultures et élevage intensifs ont depuis longtemps pollué les cours d’eau. Les marées d’algues vertes ou bleues envahissent le littoral breton de la Manche, nourries par les nitrates des déjections des élevages de porcs ou de poulets de l’arrière-pays de Saint-Brieuc ou de Lannion, par les engrais qu’utilisent les producteurs d’artichauts ou de choux-fleurs du Léon, dans le nord-Finistère. Et ces nitrates sont charriés par les rivières dans lesquelles on puise l’eau du robinet. Il y a trente ans, en 1975, la France avait approuvé la directive européenne prévoyant que cette eau potable ne devait pas contenir plus de 50 mg de nitrates par litre. Mais lors des deux décennies qui ont suivi, la pollution par nitrates a été multipliée par 5 en Bretagne. La moyenne s’élève aujourd’hui à 35 mg/l. Mais il y a des rivières où les taux atteignent 80 mg/l. On comprend que la Commission européenne manifeste un certain agacement. La Cour de Justice européenne, à la suite d’une plainte déposée en 1992 par une association, Eau Rivières de Bretagne, a déjà condamné la France en 2001. Mais, bonne fille, elle nous a laissé du temps pour nous mettre en conformité avec nos engagements. Quatre ans plus tard, une délégation venue de Bruxelles et chargée d’examiner la situation constate que rien n’est réglé, ni en voie de l’être. Cette fois, les sanctions financières risquent de pleuvoir. D’autant plus que le monde agricole n’a pas donné de signes évidents de bonne volonté. Les pouvoirs publics ont certes dépensé de l’argent, 310 millions d’euros sur une période de dix ans, mais sans grand succès. Le taux de nitrates dans l’eau a été à peu près stabilisé. Mais il n’a pas baissé. On estime que pour que les marées vertes disparaissent du littoral de la Manche il faudrait descendre en dessous de 20 mg/l. Mais ce sera long. Il a fallu trente ans d’agriculture et d’élevage intensifs pour atteindre les taux de pollution qu’on constate aujourd’hui. Il faudra bien le même temps pour ramener les rivières, les lacs, les étangs et les nappes souterraines à un état normal. Le veut-on vraiment ? Les gouvernements français prennent parfois d’étranges décisions. Comme ce décret interministériel publié quelques heures avant sa démission par Jean-Pierre Raffarin qui autorise désormais les éleveurs à répandre leur lisier jusqu’à 10 mètres de la berge d’une rivière. Personne, et notamment aucun fonctionnaire européen, ne peut penser que ce type de mesure va améliorer l’état des eaux de Bretagne !

Et pourtant, sans même parler de se mettre en conformité avec les jugements de la Cour de Justice européenne, il serait urgent de se bouger. La France a adopté en octobre 2000 une autre directive européenne sur l’eau aux termes de laquelle nous devrions atteindre en 2015 un « bon état écologique » de nos rivières, de nos lacs et de nos eaux littorales. Or on sait déjà qu’au rythme actuel 46% des rivières bretonnes et 59% des plans d’eau ne rempliront pas les critères demandés...

Gérard Petitjean »

source nouvel obs

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