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Bernard Thibault contraint de s’exposer sur le dossier de la SNCM

mercredi 12 octobre 2005

Le Monde - 12 octobre 2005 - Rémi Barroux

Bernard Thibault contraint de s’exposer sur le dossier de la SNCM

Que veut la CGT ? Dimanche 9 octobre, son secrétaire général, Bernard Thibault, écrit au premier ministre pour demander la reprise des négociations sur la SNCM. Lundi 10 au soir, c’est à nouveau la rupture.

Alors que la direction confédérale avait donné des signes d’ouverture, notamment en ne faisant plus de la participation majoritaire de l’Etat dans le capital de la société de navigation un préalable, la réunion du conseil d’administration de la SNCM s’est soldée, lundi, par un échec, trois élus du personnel, dont deux cégétistes, ayant claqué la porte, juste avant le vote du projet de reprise gouvernemental.

TENIR COMPTE DE LA BASE

Monté en première ligne sur ce dossier, M. Thibault se bornait, lundi soir, à expliquer prudemment que « le dernier mot doit revenir aux salariés de la SNCM ». A moins de sept mois du 48e congrès de la CGT - une échéance difficile pour lui qui a été mis en minorité, le 3 février 2005 dans le débat sur le traité constitutionnel européen -, le secrétaire général, qui brigue un nouveau mandat, ne veut pas donner l’impression de tenir sa base pour quantité négligeable. « Je ne suis pas un négociateur qui se substitue au syndicat de la SNCM », a-t-il confié au Monde. De toute façon, explique-t-il, « ce sont les marins qui voteront sur le plan proposé et sur la poursuite du mouvement. »

M. Thibault avait, pourtant, réussi à obtenir l’assentiment de l’ensemble des structures CGT concernées par le conflit, tant locales que professionnelles, samedi, lors d’une réunion au siège de la confédération à Montreuil. Malgré leur opposition à la ligne confédérale, tous avaient donné leur accord pour que le secrétaire général écrive au premier ministre dès dimanche.

La lettre ne faisait pas mention de la revendication des « 51 % des parts -de la SNCM- pour l’Etat » souvent entendue à Marseille. Seul était mis en avant « le besoin d’une entreprise nationale dégagée de la pression dominante d’investisseurs financiers privés ».

Du côté gouvernemental, l’annonce par M. de Villepin de sa volonté de revoir le dossier, central pour la CGT, de la privatisation d’EDF pouvait laisser croire à un échange de bons procédés.

Rien de tel, assure M. Thibault, Lorsque ce dernier a demandé à être reçu en urgence par le premier ministre, mercredi 28 septembre, jour de l’assaut du GIGN contre le navire Pascal-Paoli détourné jusqu’en Corse par les syndicalistes du STC, seul ce dossier a été évoqué, affirme le numéro un de la CGT. Et, ajoute M. Thibault, il n’y a eu aucun contact direct, ce week-end, entre le chef du gouvernement et lui.

IMPORTANCE STRATÉGIQUE D’EDF

Le secrétaire général veut voir dans les hésitations gouvernementales sur EDF « l’impact de la mobilisation unitaire du 4 octobre » pour l’emploi et le pouvoir d’achat. « Les dossiers d’EDF et de la SNCM ne sont pas comparables, explique M. Thibault. Nous ne sommes pas sur les mêmes enjeux, sur les mêmes sommes. »

De fait, par le nombre de ses mandats et par la solidité de ses finances, la fédération de l’énergie est un Etat dans l’Etat à la CGT. Sans elle, le financement de la confédération serait un casse-tête. Bernard Thibault ne l’ignore pas. Il sait aussi que la fédération des cheminots, autre organisation d’importance stratégique dans la perspective du congrès, lui bat froid depuis le comité confédéral national des 2 et 3 février 2005 sur l’Europe.

De là à penser que la confédération serait prête à abandonner la SNCM pour préserver EDF, l’idée est « stupide », insiste le secrétaire général.

En montant au créneau personnellement, M. Thibault a pris néanmoins un risque que certains de ses proches jugent excessif. Lui réfute la critique : « Il est normal que la confédération se mêle d’un dossier où il est question du service public, et quand le gouvernement négocie directement à la place de la direction de l’entreprise. » Le secrétaire général met aussi en avant la nécessité de reprendre la main face aux nationalistes du STC désireux de « corsiser » le conflit.

Mais les risques de revers existent, notamment en cas d’échec d’un conflit dans lequel M. Thibault s’est posé en interlocuteur principal du gouvernement. De plus, s’il n’a pas été question, samedi à la confédération, d’étendre la grève, Jean-Paul Israël, secrétaire général des marins CGT des Bouches-du-Rhône, continue d’espérer « une extension du conflit et en particulier dans les services publics ».

Le secrétaire général connaît l’hostilité de l’union départementale des Bouches-du-Rhône à une orientation confédérale jugée pas assez « lutte de classes ». « Quoi que je fasse actuellement, il y aura des débats avec elle, concède-t-il. Si l’opinion majoritaire est que j’ai mal ou pas fait mon boulot, elle aura bientôt l’occasion de le dire. » De fait, le 8 décembre, le comité confédéral national (CCN) - ce « parlement » qui avait mis le secrétaire général en minorité - doit donner « son opinion » sur la possibilité d’un nouveau mandat de M. Thibault. source : le monde

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