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Au Burkina Faso, le Groupe Yves Rocher licencie 133 ouvrières

jeudi 24 novembre 2005

Dans le cadre de la campagne de solidarité avec les 133 ouvrières de « La Gacilienne » au Burkina Faso licenciées du jour au lendemain par le groupe Yves Rocher.

Le samedi 26 novembre de 15h30 à 18h, salle GUNE, 6 Cours des Alliés Champ de Mars à Rennes.

- informations,

- témoignages de voyageurs (féministes, syndicalistes, journalistes...)

- film de la Cgt : « Les Gaciliennes »

Avec le soutien de Yann Orveillon (ex - président de l’ Association des écrivains bretons).

« La Gacilienne », à Ouagadougou, appartient à 95 % au groupe cosmétique Yves Rocher.

Au Burkina Faso, le Groupe Yves Rocher licencie 133 ouvrières Vingt-sept associations et organisations lancent en France une campagne de solidarité

« La Gacilienne » est une filiale du groupe cosmétique Yves Rocher basée à Ouagadougou. 133 ouvrières y travaillaient. Elles fabriquaient et conditionnaient les billets de tombola pour les loteries publicitaires que le groupe distribue à ses clientes en Europe. En août dernier, le groupe Yves Rocher a prononcé la liquidation de l’entreprise et les ouvrières ont été licenciées sans préavis ni indemnités. 9 ans durant, elles ont été payées au rabais. Le droit à l’allaitement leur a été nié, alors que c’est le principal et le plus sûr moyen de nourrir un enfant en Afrique. Le code du travail du Burkina Faso n’était pas respecté. Ces femmes confectionnaient pendant des heures des rouleaux de tombola, sur des bancs de bois. Dans ces conditions difficiles, des gestes comme s’étirer, bâiller, lever le regard n’étaient pas tolérés. Plusieurs d’entre elles ont été sanctionnées par une mise à pied pour simple bavardage. Pour faire respecter leurs droits et défendre leurs intérêts, elles se sont organisées.

Aujourd’hui, le groupe Yves Rocher les licencie !

Premier leader mondial de la cosmétologie d’origine végétale, présent dans 88 pays, le groupe Yves Rocher affiche un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros en 2003. Le Burkina Faso est un des pays les plus pauvres du monde, en matière de développement humain. Il occupe la 172e place sur 174 pays (selon le CNUD). 45,3 % des ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté. L’espérance de vie des femmes est de 47 ans.

Au Burkina Faso le chômage tue !

Les témoignages des syndicalistes burkinabè l’attestent, les premières années et même les premiers mois sont particulièrement meurtriers pour les travailleurs et les travailleuses qui perdent leur emploi. Alors que le groupe Yves Rocher sait qu’aucune couverture sociale n’existe au Burkina Faso, qu’il est pratiquement impossible pour ces ouvrières de trouver du travail ailleurs, que la survie de leurs familles est gravement compromiseŠ Y Rocher condamne 133 ouvrières au chômage. Mais, déterminées, les ouvrières ne plient pas. Elles dénoncent leur licenciement comme étant abusif et exigent des indemnités conséquentes pour tous les dommages qu’elles ont subis. Alors que les moyens financiers de son groupe sont à des années lumière des exigences des ouvrières de La Gacilienne, Y. Rocher leur propose 76€ d’indemnité de fin de contrat !

Le premier groupe de cosmétologie d’origine végétale dit construire son image de marque sur « le respect des femmes, l’attention et la confiance qu’elles méritent » ! Comment le groupe Yves Rocher peut-il se comporter de la sorte à l’encontre d’ouvrières africaines ? Nous sommes solidaires des ouvrières de « La Gacilienne » qui exigent le paiement immédiat d’indemnités de licenciement, celui des indemnités de chômage technique non payées, ainsi que des dommages et intérêts. Le groupe Yves Rocher doit prendre ses responsabilités et satisfaire leurs revendications. Paris, le 10 octobre 2005

Coordination des Groupes de Femmes « Egalité », Commission Genre, Femmes et Mondialisation ATTAC, Collectif Pratiques et Réflexions Féministes « Ruptures », Association Femmes Solidarité (Strasbourg), Femmes Solidaires (Nantes), Rien sans Elles (Brest), SOS Sexisme. AFASPA, ATTAC (France), Centre d’Information Inter Peuples (Grenoble), COFANZO, MBDHP (France), Fédération Peuples Solidaires, Réseau Féministe Ruptures, SURVIE, UL CGT Massy (91), UL CGT Sainte-Geneviève-des-Bois (91), Syndicat CGT Yves Rocher SA La Gacilly (56), Syndicat UNSA Yves Rocher SA La Gacilly (56), Syndicat FO Yves Rocher SA La Gacilly (56), Syndicats CFDT Yves Rocher SA La Gacilly (56), Collectif Egalité-Mixité UD CGT 44, Syndicat SUD-ANPE Rhôn-Alpes, SNAD CGT Pays de la Loire, UD CGT 91, CNT Interco Nantes, UL CGT Villefranche (69)

Contact : « Campagne de Solidarité Gacilienne » c/o Egalité Foyer de Grenelle, 17 rue de l’Avre 75015 Paris. E-mail :

coorfemmes yahoo.com

Chronologie des faits concernant la lutte des ouvrières de « La Gacilienne »

Chronologie depuis février 2004, date à laquelle « Coordination Femmes Egalité » les a rencontré.

1. « La Gacilienne » est une filiale du Groupe français Yves Rocher, elle est localisée au Burkina Faso. L’entreprise a été créée en 1996 dans le cadre d’un projet de développement au Burkina Faso, fait par la commune de la Gacilly. Cette entreprise emploie 133 ouvrières, le travail qu’elles réalisent consiste à fabriquer des sachets publicitaires avec des rouleaux de tombola que le Groupe distribue à ses clientes. En 2004, notre association envoie une délégation de 11 femmes au Burkina Faso dans le cadre des actions de solidarité internationale que nous organisons. Notre délégation est accueillie par l’association de femmes du Burkina « Kebayina ». Nous avons demandé un programme des visites pour connaître la vie, le travail et les luttes des femmes burkinabé. Nous savions qu’il y avait à Ouagadougou une filiale d’Yves Rocher, nous avons demandé à Kebayina de pouvoir les rencontrer. Par l’intermédiaire du syndicat présent dans l’usine, la CGT-B, une rencontre a été organisée à la Bourse du travail. Chômage technique impayé et à répétition, conditions de travail déplorables (pièce peu éclairée et peu aérée, cadences,Š), non prise en compte des heures d’allaitement dans le paiement des salaires, absence de visite médicale, sanctions abusives à cause de bavardage, brimades,Šetc ; les ouvrières venues nombreuses demandent à notre association une aide pour interpeller le Groupe Yves Rocher en France. Les femmes de notre Coordination sont revenues révoltées avec la ferme intention d’agir en France pour faire connaître cette situation afin de la débloquer. Notre journal « Egalité », se fait échos de cette situation.

2. Après contact avec la direction de la CGT-B (qui nous fournit les preuves des témoignages des ouvrières) nous avons décidé d’écrire au Groupe Yves Rocher. Nous lui avons demandé de se renseigner et d’intervenir rapidement pour mettre fin à la surexploitation et à la répression dont les ouvrières de « La Gacilienne » étaient l’objet.

3. Nous sommes contactées par un représentant d’Yves Rocher, un rendez-vous est fixé. Nous le rencontrons le 26 octobre 2004 à Paris. Notre première impression est positive. Le représentant d’Yves Rocher s’engage à considérer quatre revendications des ouvrières : la permission pour l’allaitement dans l’usine, le paiement des jours fériés, la suppression du retrait d’une demi-journée de salaire pour quelques minutes de retard, l’arrêt des sanctions pour bavardage. Concernant le chômage technique, le représentant s’engage à examiner la situation.

4. Au mois de décembre 2004, nous sommes informées que le Groupe Yves Rocher a engagé un cabinet pour faire une inspection au sein de « La Gacilienne ». Un rendez-vous nous a été proposé le 12 janvier afin de prendre connaissance du rapport établi par le cabinet en question. Le rapport infirme de façon catégorique la situation telle qu’elle a été présentée par notre association dans l’article paru dans notre journal (N°42) Selon ce rapport, « Egalité » aurait mené une « opération de dénigrement », tant vis à vis de la direction de « La Gacilienne » que du Groupe Yves Rocher. Il envisage « des poursuites judiciaires » si de « telles actions devaient se poursuivre ». Nous informons la CGT-B du rapport du cabinet commandé par le Groupe Yves Rocher.

5. Le 14 avril 2005, Le Secrétaire Général de la CGT-B, Tolé Sagnon, écrit à la Direction du Groupe Yves Rocher pour l’informer que les témoignages dont se fait écho « Egalité » ne sont pas anonymes, que le syndicat se porte garant des témoignages des ouvrières. Il affirme de façon catégorique que la direction de « La Gacilienne » ne respecte pas la législation du travail en vigueur au Burkina Faso et qu’elle « impose un mode de travail basé sur le chantage à l’emploi, les menaces, les intimidations et les sanctions arbitraires ».

6. Le 20 mai 2005, le Secrétaire Général de l’Union Provinciale du Kadiogo (U.P.K) de la CGT-B, Dominique Yameogo, section locale qui suit de près la situation des ouvrières de « La Gacilienne » nous écrit. Accompagnée du procès-verbal d’accord partiel signé avec la Direction de « La Gacilienne » en 2002 à l’Inspection du travail, la lettre de M. Yameogo explique (avec des exemples à l’appui) comment la direction de « La Gacilienne » ne respecte pas l’accord signé.

7. Une deuxième lettre du Secrétaire Général de l’U.P.K. de la CGT-B nous fait part de la rencontre entre Maître Ali Karambiri, avocat à la cour de Bobo-Dioulasso, déclarant agir au compte du Groupe Yves Rocher et une délégation de la CGT-B, le 16 avril 2005. Me. Karambiri donne l’information suivante : le Groupe Yves Rocher a décidé de quitter définitivement le Burkina Faso et il l’a mandaté pour proposer aux ouvrières de reprendre les parts du capital détenues par le Groupe. Les ouvrières réunies en AG affirment qu’elles ne peuvent pas acquérir des parts au niveau de l’entreprise, qu’elles n’ont pas élaboré leur plateforme pour se retrouver licenciées mais pour obtenir de leur employeur qu’il respecte la législation du travail au Burkina.

8. En juin dernier dans le cadre d’un stage syndical organisé par l’Union locale CGT de Massy, accueilli par le Comité Fédéral National de la CGT-B, les participants ont pu rencontrer les ouvrières qui ont présenté à nouveau leurs conditions de travail lamentables et les bas salaires qu’elles perçoivent. La situation est restée inchangée. A cette occasion, un film a été réalisé et les participants au stage ont fait une conférence de presse à la fin du voyage exprimant leur révolte et leur émotion face à la situation qui est faite aux ouvrières de « La Gacilienne »

9. Le 1° août, la filiale du Groupe Yves Rocher a procédé au licenciement des ouvrières et à la fermeture de l’usine mettant à la rue 133 femmes. Sans explication et sans préavis, elles ont été licenciées. La révolte est grande, elles revendiquent des indemnités de licenciement mais aussi des dommages et intérêts pour licenciement abusif et pour tous les dommages qu’elles ont subis 9 ans durant. Elles exigent aussi la rémunération des 4 mois de chômage technique de l’année 2005.

Septembre 2005

Le Comité National Coordination des Groupes de Femmes « Egalité »

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