Pour une analyse du fait religieux en rapport avec certains de nos axes d’interventions antiracistes par Christian Delarue
I - Les raisons d’un examen.
Depuis que le MRAP a mis dans ses références des liens trés explicites avec le religieux notamment avec la notion d’islamophobie - notion contestée par d’autres associations se voulant antiracistes - il importe d’analyser le "fait religieux", de le faire lucidement pour le rapporter à nos préoccupations antiracistes . Certes il faut parfois en passer par la pose d’un cadre global de méthode . A titre indicatif on pourrait l’examiner sous toutes ses faces : noire (extrémisme) grise (intégrisme, ordre moral, conservatisme), claire (doctrine sociale, laique et féministe) et franchement lumineuse (théologie de la libération). Mais ces anlyses doivent pouvoir servir à donner un contenu plus clair aux notions antiracistes employées par nous-memes à l’avenir et par les générations antiracistes de l’avenir.
Ces analyses peuvent aussi avoir des enjeux de solidarité entre les peuples . Une pensée "campiste" défendant globalement le "sud" de façon acritique, par simple contrepied de la thèse du "Choc des civilisations" ou par anticolonialisme et anti-impérialisme sommaire pourrait se trouver en difficulté. Mais ne donnons pas la conclusion avant l’analyse ! Le travail reste à faire . Voici quelques thèses ou plutot hypothèses.
II - De quelques thèses provisoires :
Le religieux concerne ici les principales religions monothéistes. Ne seront donc pas évoqués les religions polythéistes ou les sectes (mais c’est plus par facilité ou méconnaissance du sujet que par principe) et encore moins des extensions de signification : le football comme "religion" par exemple.
1 - Le fond commun du fait religieux est qu’il est multiple, variable. En principe, au MRAP, nous partageons tous ce point de vue.
2 - Cette variation est contestée par les penseurs radicalement islamophobes,
* Un penseur radicalement islamophobe (raciste) se distingue d’un "religiophobe" (non raciste) . Le "religiophobe" (formule de Vincent GEISSER) excècre les "excés des religions" . Il s’agit bien des seuls excès et de toutes les religions pas seulement d’une seule . Ces excés peuvent etre variables d’une religion à l’autre. Dans les "excès" nous évoquons ce qui s’attache peu ou prou aux positions "d’ordre moral" mais pas aux exactions de groupes terroristes à fondement théologico-religieux, qui relèvent d’une autre nature. Dans ces excès nous pensons à l’interdiction des rapports sexuels avant le mariage pour le catholicisme ou au port des différents voiles pour les musulmanes.
* Un penseur radicalement islamophobe pense que l’islam est par nature différent des autres religions :
d’une part l’islam ne saurait qu’etre unique : les différents courants le traversant s’accordant sur l’essentiel et se distinguant sur de l’accessoire : la prééminence du Coran sur tout le reste, sur l’ensemble de la vie sociale et privée mais aussi les institutions publiques serait posée par tous.
d’autre part son apparition et son histoire le rendrait immuable et inadaptable à "la modernité" (sont ici pointés les refus de la "démocratie libérale", l’accès à la "civilisation libérale" comme la laicité, les droits des femmes)
Voici un exemple de raisonnement islamophobique sans nuance aucune trouvé sur internet : "L’islam de France : encore un oxymoron" par Alain Dumait :
http://www.les4verites.com/les4veri...
3 - Aucune des principales religions n’a échappé dans son histoire comme dans son présent à la production de doctrines et de pratiques socialement et politiquement conservatrices et meme réactionnaires. Peu importe ici les frontières entre fondamentalisme et intégrisme. Peu importe aussi les différences entre intégrisme de tel religion et intégrisme d’une autre.
4 - Chacune des religions a laissé apparaitre à un moment de son histoire des courants progressistes et meme des courants se réclamant de la théologie de la libération. La doctrine sociale de l’Eglise catholique ne relève pas de la théologie de la libération. Ce n’est que l’accompagnement social du libéralisme.
Les théologiens de la libération peuvent conserver des éléments forts criticables notamment en matière d’IVG et de droits des femmes. Ceux-ci sont aujourd’hui moins puissants qu’auparvant. Se référer à la théologie de la libération comme modèle de référence pour la recherche de courants religieux d’émancipation prete à critique. En l’état de mes connaissances sur le sujet cette référence me parait etre une hypothèse valable mais qu’une hypothèse.
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