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4 mois, 3 semaines et 2 jours. Palme d’or 2007. Censure au nom du principe de précaution ?

vendredi 13 juillet 2007, par rennes info

La Palme, le ministère et le "principe de précaution"

Patrice Roturier est vice-président de l’Université Rennes 2. Il est aussi membre du jury de l’Éducation nationale qui, au Festival de Cannes 2007, décerna, la veille de sa consécration, le Prix de l’éducation nationale au film du roumain Christian Mungiu, 4 mois, 3 semaines et 2 jours, Palme d’or de cette soixantième édition du Festival.

Nationalisé en 2003 après 5 années d’expérience locale niçoise, le prix de l’Éducation nationale dépend du ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche (MJENR), qui prétend accorder "une place particulière au cinéma ainsi qu’à l’éducation à l’image filmique dans les programmes généraux, à tous les degrés, et dans les enseignements de spécialité et les options facultatives des lycées." Les textes officiels indiquent ainsi que "le film primé est signalé aux enseignants et aux élèves, et accompagné d’outils pédagogiques, dont un DVD (dans la nouvelle collection « À propos de ») réalisé par le Centre régional de documentation pédagogique de Nice, sous la direction de l’IGEN et de la DGESCO, en collaboration avec les producteurs et les distributeurs."

Ce fut donc le cas, successivement, d’Elephant, de La Vie est un miracle, de Cinéma, aspirines et vautours et de Marie-Antoinette. Ce ne sera pas celui de 4 mois, 3 semaines et 2 jours.

Dans un mail dont il souhaite circulation, relayé dans ces colonnes avec conviction, Patrice Roturier signale en effet que "pour la première fois depuis la création du prix, le film primé ne fera pas l’objet d’un DVD pédagogique en vertu du "principe de précaution", comme annoncé dans le courrier du chef de cabinet du ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos."

"Les précautions scripturaires de Monsieur le chef de cabinet ne trompent personne, poursuit avec une colère légitime Patrice Roturier, il s’agit bien d’un acte de censure télécommandé par les plus hauts responsables de l’état en général et Madame la ministre Boutin en particulier."

Et de renvoyer au blog de Monsieur Ghislain Gomart, membre du Forum des Républicains Sociaux de Christine Boutin et Secrétaire national en charge du développement durable. Blog étrangement indisponible ce soir, mais dont Google a conservé quelques archives. Dès le 27 mai dernier, l’on pouvait en effet y lire une réflexion (prémonitoire?), qui faisait bien peu cas du cinéma.

N’ayant pourtant de son propre aveu, "pas vu le film, et n’ayant pas en tête d’aller le voir", Gomart s’effrayait par avance qu’il bénéficie d’une édition sous forme de "DVD-rom « pédagogique » qui en facilitera l’approche et invitera à l’analyse et au débat avec les élèves." On s’étonnera ici que l’analyse et le débat ne passent apparemment pas pour des vertus pédagogiques...

Et Gomart de lever les bras au ciel, catastrophé : "Comment l’Éducation Nationale compte-t-elle gérer les traumatismes psychologiques qu’un tel film ne manquera pas de générer chez certains élèves ? Comment peut-elle justifier de faire d’un tel film un « instrument pédagogique »?". Insistons : lorsqu’il écrit ces mots, Gomart n’a pas vu le film de Christian Mungiu. On croit rêver.

"À l’heure où la télévision officielle, poursuit Patrice Roturier dans son mail salutaire, éduque les bons électeurs à l’aide de programmes voyeuristes qui se complaisent dans la médiocrité, la question de l’intime, traitée dans le plus grand respect des individus (tant du point de vue de l’écriture que de la mise en scène), ne serait pas pédagogique!"

Afin de lutter contre l’obscurantisme de cette décision inédite et fondamentalement réactionnaire, Patrice Roturier appelle chacun à soutenir le jury du prix de l’Éducation nationale dans son "projet de production « indépendante » du DVD."

Lire et faire circuler cet article est un premier pas dans ce sens.

Le commentaire « in extenso » de Patrice Roturier

“ En mai 2007, le prix de l’éducation a récompensé 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Christian Mungiu. Ce film a obtenu la Palme d’or, 24h plus tard.
Or pour la première fois depuis la création du prix, le film primé pourrait ne pas faire pas l’objet d’un DVD pédagogique en vertu du principe de précaution !... Pour reprendre les termes du courrier signé par le chef de Cabinet de monsieur le ministre de l’éducation nationale.
Les précautions scripturaires de ce courrier ne trompent personne. Il s’agit bien d’un acte de censure télécommandé par les plus hauts responsables de l’état en général et Madame la ministre Boutin en particulier (cf. blog de Monsieur Ghislain Gomart).
A l’heure ou la télévision officielle éduque les bons électeurs à l’aide de programmes voyeuristes qui se complaisent dans la médiocrité, la question de l’intime, traitée dans le plus grand respect des individus (tant du point de vue de l’écriture que de la mise en scène), ne serait pas pédagogique !
Membre du jury du prix de l’éducation, je tiens à manifester mon indignation face à une telle décision.
09 juillet, 2007”

source :

http://www.filmdeculte.com/

à lire aussi : Censurer au nom du principe de précaution ?

et

LDH. Lettre publique adressée au ministre de l’Education nationale, M. Xavier Darcos

Nous avons pris connaissance avec stupeur de votre décision de censurer le travail pédagogique d’accompagnement du film 4 mois, 3 semaines, 2 jours, prix de l’Education, de la critique internationale et Palme d’Or au festival de Cannes 2007. L’idée de censurer la réalisation d’un DVD permettant un travail sur le film, produit et diffusé dans les classes, nous semble incompréhensible, et ce d’autant qu’elle n’a été portée dans la société civile que par une association anti-avortement, Choisir la vie.

lire la suite sur le site de la LDH

1 Message

  • 25 juillet 2007 - Liberté d’expression Pas de censure pour la Palme d’or

    Communiqué de l’Observatoire de la liberté d’expression en matière de création de la LDH

    L’Observatoire de la liberté d’expression de la LDH se réjouit de la sage décision de la Commission de classification des films qui, en proposant une diffusion du film de Cristian Mungiu, 4 mois, 3 semaines et 2 jours, à tout public avec un avertissement, a mis un terme à la menace de « censure pédagogique », nouveau mode d’apprentissage des images qu’avait imaginé le ministre de l’Education nationale.

    La ministre de la Culture, en décidant de suivre cet avis, a fait œuvre de pédagogie à destination de M. Darcos, lequel, contraint de revoir sa copie, a décidé ce matin que le DVD pédagogique de la Palme d’or 2007 classée tout public pourra être diffusé dans les collèges et les lycées.

    Paris, le 25 juillet 2007

    Voir en ligne : Liberté d’expression Pas de censure pour la Palme d’or

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